#ResponsabilitéEC : l'article 159 du code de déontologie peut-il être opposé à l'expert-comptable en cas d'action en justice ?

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L'article 159 du code de déontologie prévoit pour l'expert-comptable l'obligation de s'efforcer de faire accepter la conciliation ou l'arbitrage du président de l'ordre avant toute action en justice. Cette disposition prévaut-elle sur le droit commun d'agir en justice de tout individu ?

Contexte

Une association de gestion et de comptabilité (AGC) est missionnée par une entreprise pour la tenue de sa comptabilité. Dans ce cadre, l'association a assigné en justice l'entreprise en recouvrement de ses honoraires. Les juges du fond et la Cour d'appel ont tour à tour admis la requête de l'association et débouté celle de l'entreprise, ce pourquoi cette dernière se pourvoit en cassation.

L'entreprise soutient que l'article 159 du code de déontologie prévoit une obligation pour l'expert-comptable de faire accepter la conciliation ou l'arbitrage en cas de contestation par le client ou l'adhérent des conditions d'exercice de la mission ou de différend sur les honoraires.

L'entreprise soutient par ailleurs que des courriers échangés entre les parties, et des courriers entre le conseil de l'association et le bâtonnier de l'Ordre des avocats de Clermont-Ferrand ne suffisent pas à établir les efforts de l'association pour faire accepter la conciliation ou l'arbitrage du président du Conseil régional de l'Ordre des experts-comptables (CROEC).

Problématique 

L'obligation de s'efforcer de faire accepter la conciliation ou l'arbitrage du président du CROEC avant toute action en justice, est-elle opposable à l'expert-comptable ?

Solutions 

L'article 159 du code de déontologie impose une obligation à l'expert-comptable de faire accepter une conciliation ou un arbitrage du président du Conseil régional de l'Ordre avant toute action en justice, notamment dans le cas de différend sur les honoraires.

Toutefois, la Cour de cassation précise qu'il ne s'agit que d'une faculté et que ce texte ne déroge en aucun cas à la compétence de la juridiction de droit commun pour connaître d'une demande de recouvrement d'honoraires formulée par un expert-comptable envers son client. Elle ne peut donc faire obstacle au droit qu'à toute personne d'agir en justice.

Par ailleurs, relevant que la lettre de mission prévoyait une conciliation dans le cas d'un litige entre un client et un membre de l'Ordre des experts-comptables, la Cour de cassation considère que ce document contractuel n'impose pas aux parties une conciliation obligatoire préalablement à l'action en justice. 

Décision

L'entreprise est condamnée à payer à l'AGC la somme de 3 000¤ au titre de l'article 700 du code de procédure civile.



Kevin Henault est étudiant en master droit des affaires à l'Université d'Orléans.