L'interconnexion des outils est l'avenir de l'écosystème français des métiers du Chiffre

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Modifié le 25/06/2018
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Pour GoCardless, Amaury de Closset ainsi que son équipe, rêvent en grand et débordent de projets. Et ils font bien ! Déjà dotée d'une belle renommée internationale, GoCardless remporte haut la main son nouveau challenge : conquérir le marché français. Toutefois, la start-up ne compte pas en rester là : son rêve est de devenir la plate-forme permettant de prélever n'importe quel compte en banque dans le monde, au sein d'une solution unique, la leur !

Amaury de Closset nous parle de ce rêve, mais aussi plus largement de celui qu'il fait pour l'entrepreneuriat dans les métiers du Chiffre.

Introduction

Si la start-up GoCardless a démarré il y a 14 mois en France, elle connaît un développement constant depuis 2011, initialement installée au Royaume-Uni. GoCardless permet à toute entreprise, quel que soit son degré de développement, d'instaurer un système de prélèvement bancaire à destination de ses clients. Cela simplifie ce processus pour les entreprises qui n'y avaient pas forcément accès, en raison de certains critères difficiles à remplir.

Amaury de Closset, Directeur France de GoCardless, a accepté de répondre à nos questions.

Présentation

Amaury de Closset est le Directeur France de GoCardless.
Fort de diverses expériences en ingénierie et en développement d'entreprise, il est entré dans l'aventure GoCardless en 2014, en étant initialement responsable de son développement en Europe. Il est à sa Direction aujourd'hui, pour le territoire hexagonal.

Interview



GoCardless s'adresse à toutes les entreprises.
Certaines font-elles davantage appel à vos services que d'autres ?

La mission que nous nous sommes fixée est de rendre les paiements sur compte bancaire plus simples et accessibles à tous, instantanément et à bas coût.

Avant, l'accès et la gestion des prélèvements bancaires requérait beaucoup d'efforts. D'un côté, les PME passaient beaucoup de temps à gérer des fichiers complexes, autant de temps perdu à aller à la conquête de nouveaux marchés. De l'autre, les grands groupes ne pouvaient pas adapter facilement le prélèvement à leurs nouveaux modèles économiques (SaaS, économie du partage...). Nous voulions changer cette situation et simplifier le prélèvement.

Les entreprises développant des modèles innovants font beaucoup appel à nos services, que ce soit des start-up comme E2Time.com, Tilkee ou Weenect, ainsi que des grands Groupes tels que Habitat, Box.com, ou TripAdvisor. Aujourd'hui, plus de 15 000 clients nous font confiance à travers l'Europe.

GoCardless est une start-up, mais vous bénéficiez déjà d'une renommée internationale considérable.
Diriez-vous que vous êtes une start-up... en France ?

Nous restons très jeunes à l'échelle du monde bancaire, avec nos cinq années d'existence contre 168 ans pour la BNP. Cependant, notre croissance est telle que nous sommes désormais 70 personnes. En 2015, nous avons lancé en l'espace de six mois nos activités en France, Belgique, Allemagne, Espagne, Suède et Pays-Bas.

En France, notre premier marché international, il a fallu tout reprendre de zéro. En ce sens, nous étions vraiment une start-up. Nous avions même décidé de commencer avec deux « co-fondateurs », Octave Auger et moi-même. Cela nous a permis d'avancer plus rapidement et de nous insérer vite dans l'écosystème des start-up et de nos partenaires.

Cette approche, mêlant la flexibilité du mode start-up avec la solidité d'un modèle éprouvé en Angleterre, nous a permis d'être réactifs par rapport aux attentes du marché français, tout en ayant une base opérationnelle et technologique bien établie.

Quels sont vos projets pour le développement français de GoCardless en termes de stratégie et de communication ?

Notre ambition est de devenir la plate-forme permettant de prélever n'importe quel compte en banque dans le monde au sein d'une solution unique. Nous intégrons aujourd'hui les prélèvements nationaux de pays non-Européens (Etats-Unis, Australie, Canada, Brésil, Japon...) et comptons permettre aux entreprises françaises cette nouvelle possibilité, chose particulièrement appréciée par les multinationales, start-up et PME à l'export.

Sur le marché français plus spécifiquement, nous allons développer nos partenariats avec les outils cloud dans les métiers du Chiffre, par exemple ceux spécialisés dans la gestion d'abonnements, de la facturation ou de la comptabilité. Nous travaillons déjà avec Zuora et ProAbono et visons cinq à dix partenariats en France, cette année. Nous souhaitons intégrer le paiement dans l'outil de gestion : le prélèvement est exécuté automatiquement après l'émission d'une facture et le statut du paiement est visible en temps réel, dans l'outil. Finis les fichiers à importer / exporter et les opérations manuelles avec la banque : l'émission et suivi du paiement sont directement visibles et automatiquement mis à jour. La disponibilité de la donnée paiement permet aussi d'élargir les possibilités de reporting de l'outil, et facilite la réconciliation bancaire de l'expert-comptable.

Comment avez-vous été accueillis par vos cibles et par les autres start-up des métiers du Chiffre en France, en comparaison des autres pays où vous êtes implantés ?

Nous avons été très bien accueillis sur le marché français, car il y avait une véritable demande pour la dématérialisation et l'automatisation que nous apportons. Je tiens d'ailleurs à remercier nos clients historiques Zenchef et The French Talents, et nos premiers partenaires dans les métiers du Chiffre comme Zuora et ProAbono qui nous ont beaucoup aidés à saisir les subtilités du marché français.

La France est devenu notre plus gros marché à l'international. Les conditions sont idéales. Il existe un véritable enthousiasme en France pour passer à des modes de consommation basés sur l'abonnement, comme par exemple Habitat qui permet de souscrire à ses cartes de loyauté Habitant par abonnement. Côté B2B, le cloud prend son envol, ce qui permet d'éviter les systèmes isolés (ERP, CRM, paiements...) et de travailler en mode interconnecté dans la chaîne de valeur. C'est un véritable changement qui s'opère et la France est en pleine transition.

Rencontrez-vous certaines difficultés propres à l'entrepreneuriat en France ?
Si oui, pouvez-vous nous les décrire ?

La France est un pays fantastique pour l'entrepreneuriat, d'ailleurs le nombre de levées de fonds en ce début 2016 a été supérieure en France qu'en Angleterre et en Allemagne, même si ces dernières ont tendance à être plus petites et que nous rattrapons un certain retard. Notre excellent système éducatif tourné vers les sciences, la qualité de vie attractive et les efforts sur l'innovation (crédit de R&D, label FrenchTech, créations d'incubateurs) sont autant d'atouts en faveur de la France. Beaucoup de nos clients sont d'ailleurs des start-up.


Une des difficultés d'être entrepreneur en France est de penser international dès le début. Il faut voir grand lorsque vous voulez changer le monde et ne pas juste viser l'échelon national. Outre la barrière de la langue, il y a souvent une peur de l'échec et un confort à rester dans un référentiel culturel familier. Mais cela change, nous le voyons avec des entreprises SaaS qui vont très rapidement avoir un site et un outil en anglais, et se tourner vers l'international. Je pense notamment à Sellsy, un CRM made in La Rochelle avec des bureaux à New York, ou Tilkee, un outil de prospection commercial basé à Lyon qui a tenté l'aventure américaine - et celles-ci sont des start-up, pas des grandes entreprises !

Il faut éviter la peur de l'échec et tenter l'aventure à l'international, c'est la seule façon de pouvoir concurrencer les start-up américaines ou asiatiques qui bénéficient de marché nationaux beaucoup plus étendus.

Vous avez pu observer différentes méthodes d'entrepreneuriat, grâce aux différents pays où est implanté GoCardless.
A votre avis, que manque-t-il en France pour entreprendre mieux ?
Mais aussi, quels sont nos acquis en termes d'entrepreneuriat ?

En Angleterre, GoCardless bénéficie du soutien marqué de ses investisseurs privés et du gouvernement britannique qui est particulièrement actif dans le domaine financier. Traditionnellement, il existe beaucoup d'accélérateurs dédiés à la Fintech en Grande-Bretagne, et Londres reste la capitale financière européenne. D'ailleurs son maire, Boris Johnson, est un fervent défenseur des Fintechs. La Grande-Bretagne est un exemple que seraient bien inspirés de suivre les autres pays européens, France et Allemagne en tête.

En France, nous rattrapons notre retard. Des labels comme FrenchTech, des organisations comme France FinTech, ou l'Etat via la BPI s'organisent afin de fédérer et financer l'entrepreneuriat français. L'argent reste le nerf de la guerre et heureusement, les investisseurs privés aussi commencent à prendre la France au sérieux, grâce à nos « unicorns » comme BlaBlaCar et Sigfox. Cela se traduit dans des levées de fonds de plus en plus grosses et fréquentes, que ce soit sur les phases matures comme les 300M¤ levés par Parrot ou les phases de croissance comme avec les 18M ¤ investis dans Doctolib.

Comment considérez-vous l'écosystème des start-up dans les métiers du Chiffre ?
Quel avenir imaginez-vous pour ce domaine ?

La France a une tradition du tout-intégré dans les métiers du Chiffre. Un progiciel était typiquement fait pour couvrir tous les besoins de l'entreprise, mais le marché étant fragmenté et aucun acteur n'ayant atteint une taille critique, il était difficile de donner une expérience utilisateur de qualité sur tous les domaines, et il était onéreux de tout améliorer en permanence... De plus, chaque industrie a des besoins spécifiques : un outil de gestion des espaces de coworking comme Cobot ne va pas ressembler à un outil de gestion de gym comme TeamUp. Résultat, les développements se multiplient et l'outil devient de plus en plus complexe et difficile à apprivoiser.


Le passage au cloud couplé avec la dématérialisation des données, permet à chaque acteur de se concentrer sur la partie de la chaîne de valeur (gestion d'offres, facturation, paiements, comptabilité...) et l'industrie où il excelle, et de s'interconnecter à d'autres applications pour les autres parties. Chacun son domaine d'excellence : VosFactures ou Factomos sur les factures, Intuit Quickbooks sur la comptabilité, Receipt Bank se concentre sur les reçus, Bittle ou Octobat sur le reporting, GoCardless pour le paiement... Chacun donne la meilleure expérience client, tout en élargissant les fonctionnalités en se connectant à d'autres outils. Cette interconnexion des outils est, à notre avis, l'avenir de l'écosystème français des métiers du Chiffre.

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L'équipe de la rédaction sur Compta Online