Les start-up apprécieront qu'avocats et experts-comptables utilisent le numérique

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Modifié le 30/11/2018
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Marie-Stéphane de Villèle, qui travaille aux aspects juridiques et marketing du logiciel Impal'Act, est entrepreneure des métiers du droit et des chiffres et fière de l'être !

Elle nous parle de l'avenir du logiciel, ainsi que de ce que représente l'entrepreneuriat en général, et dans les métiers du droit et des chiffres, en particulier.

Impal'Act est un logiciel créé par la jeune entreprise Legascope, lancé depuis le mois de juin 2015.

Impal'Act permet aux professionnels du droit des sociétés de rédiger l'ensemble des documents relatifs à la vie juridique des sociétés de leurs clients. Personnalisable, simple à utiliser, immédiatement opérationnel, il permet le suivi optimal des différents dossiers, pour le bénéfice des professionnels comme de leurs clients.

Rencontre avec Marie-Stéphane de Villèle, en charge des aspects juridiques et du marketing produit, membre de l'équipe de passionnés réunie autour d'Impal'Act.

Présentation

Marie-Stéphane de Villèle a une formation juridique. Avocate en droit des sociétés, cette expertise lui concède un rôle majeur dans l'aventure Legascope, en tant que directrice du développement juridique, et désormais au sein de l'équipe chargée de développer Impal'Act, notamment en termes de marketing produit.

Entrepreneure dans l'âme, Marie-Stéphane de Villèle parvient à accorder sa vie professionnelle à sa vie de mère de trois enfants, même si elle doit parfois faire face à des situations cocasses ! Elle nous raconte tout cela dans son interview.

Interview



Impal'Act est innovant non seulement par sa technique de pointe mais aussi par sa simplicité d'utilisation pour le professionnel, comme pour son client.
Avez-vous dû faire appel à des méthodes particulières pour le développer et le lancer ?

Jean Touttée, avocat, associé fondateur de Legascope et concepteur d'Impal'Act, est parti d'un constat : les tâches de secrétariat juridique sont automatisables. D'autre part, le numérique surgit partout, et l'on finit donc par se dire « pourquoi pas chez nous ? » Toutes les tâches simples vont pouvoir être gérées par des outils numériques, c'est d'ailleurs déjà en train de bouger.

Impal'Act est développé en mode SaaS (Software as a Service), soit totalement web, c'est un natif web.

Le logiciel s'adapte à toute forme de société, le client ne voit pas forcément l'interface, mais « ça mouline » !

On a consacré beaucoup de temps au développement : un tel logiciel demande une vigilance particulière parce qu'on veut naturellement présenter un produit de qualité. Cet outil assure la sécurité juridique de ses utilisateurs. Il n'y a pas d' « à peu près » dans le droit, donc cela prend forcément du temps.

Lorsque je suis rentrée dans le projet pour valider tous les aspects juridiques, le développement du logiciel avait déjà commencé.

Actuellement, êtes-vous satisfaite de vos retours clients ?

Les clients sont très satisfaits, donc nous aussi. On touche nos cibles en direct, soit les experts-comptables, les avocats et les juristes d'entreprise, mais aussi les gestionnaires du patrimoine, ainsi que les notaires.

Le logiciel couvre 90% des besoins de ces professionnels tout en étant très simple, ce qui est une vraie prouesse ! Tous les documents sont personnalisables pour le cabinet qui l'utilise. Il peut ainsi intégrer, sur demande, sa charte graphique dans tous les documents générés. Ainsi, Impal'Act lui permet de maintenir son identité visuelle tout en ayant automatisé la génération des documents. Le client est ainsi rassuré et satisfait, lui aussi.

Nous faisons également en sorte que le vocabulaire soit de qualité. C'est un élément qui compte pour la satisfaction client : ce sont des métiers des chiffres, certes, mais aussi des métiers des lettres. On prête donc une grande attention à la qualité du vocabulaire.

L'objectif que l'on met en avant pour que nos cibles adoptent Impal'Act, c'est de rendre simple le droit des sociétés. Nos clients l'ont bien compris et apprécient cela.

Que prévoyez-vous pour communiquer sur Impal'Act ?
Ou qu'aimeriez-vous mettre en place ?

En termes de communication, nous prenons soin de ne pas se présenter comme un logiciel parmi d'autres logiciels, mais comme une solution innovante pour les professionnels du droit des sociétés. Ce qui permet d'améliorer leur compétitivité en produisant des actes juridiques de qualité à un coût réduit, et ainsi de rester des acteurs majeurs face à l'« ubérisation » du droit qui arrive à grands pas.

On a fait beaucoup de mailing et nous travaillons actuellement à la préparation d'une levée de fonds d'ici le mois de juin prochain. Elle nous servira aussi pour la communication.

Nous communiquons directement auprès des avocats, des experts-comptables, des juristes d'entreprise mais nous mettons également en place des partenariats avec d'autres sites web avec lesquels nous avons des synergies. Nous avons beaucoup de pistes positives, c'est très encourageant.

Quel accueil les professionnels des métiers des chiffres et/ou du droit ont-ils réservé à Impal'Act ?

Nous avons eu la chance de participer au congrès de l'Ordre des experts-comptables, l'année dernière, et cela nous a beaucoup aidés. Il y avait la queue à notre stand ! Ce fut une belle opportunité. L'accueil qui nous a été réservé était très gratifiant.

Les professionnels sont toujours enthousiastes, même si parfois les processus sont longs. Mais nous sommes très confiants. Le marché est vaste, et ce n'est que le début.

D'une manière générale, le secrétariat juridique glisse assez naturellement vers l'expert-comptable, qui fournit ainsi une prestation globale à ses clients, notamment pour l'établissement et l'approbation des comptes sociaux.

L'avocat semble plus réticent au changement et plus conservateur dans ses méthodes de rédaction des actes, même si certains l'adoptent déjà.

Les experts-comptables sont plus familiers des outils numériques et donc plus facilement preneurs lorsqu'il s'agit de simplifier le traitement de leur activité juridique, pour laquelle il existe très peu d'outils sur le marché actuel. Ils sont friands de ces outils proposant des prestations qui leur permettent d'améliorer leur productivité, et de simplifier la vie de leurs équipes de juristes. C'est d'autant plus le cas en période de pointe des assemblées générales d'approbation des comptes, où il faut produire beaucoup de documents en un temps réduit, par exemple.

Les clients finaux ne peuvent pas se permettre de prendre du bas de gamme en droit. Les professionnels le savent bien et c'est pour cela qu'en général, ils nous ont bien accueillis.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez, en tant qu'entrepreneure de ce domaine particulier ?

Certains professionnels du droit et du chiffre conçoivent le numérique comme une menace alors qu'il peut, au contraire, être une véritable opportunité pour leur activité. Nous avons conçu Impal'Act pour les accompagner dans leur transition numérique, qui est inéluctable pour les tâches à faible valeur ajoutée, et pour leur permettre justement de rester dans la course face à la déferlante de sites de droit en ligne qui vont arriver sur le marché français.

Dans peu de temps, tout sera encore plus digital, il faut qu'ils le réalisent.

Un des handicaps majeurs pour les entrepreneurs dans les start-up du droit est qu'actuellement, on ne peut pas être avocat en exercice et créer une start-up dans son domaine, pour des raisons de déontologie. Paradoxalement ce sont des non-avocats qui créent des sites internet de droit. Ce point a été souligné par Monsieur Xavier Hubert, conseiller juridique du Ministre Emmanuel Macron, lors du Colloque de l'AFJE (Association Française des Jursites d'Entreprise) du 4 février dernier qui je le cite disait « je regrette qu'aucune des legal start-up à succès n'ait été fondée et dirigée par un avocat en exercice » et il ajoutait « la vision de cette déontologie est trop restrictive, impossibilité d'effectuer des levées de fond, d'avoir une activité commerciale. » Le conseiller au costume trois pièces encourage les avocats à envahir l'internet « accompagnés par leur déontologie ». C'est ce que Jean Touttée a fait en concevant Impal'Act mais en n'exerçant aucun rôle opérationnel pour être en conformité avec les règles de déontologie de la profession d'avocat qu'il exerce.

Espérons que les choses vont bouger dans le bon sens.

Par ailleurs, Tous les salons professionnels n'accordent pas une grande place aux start-up. Les stands sont souvent trop chers, même si certains salons font des efforts. C'est un frein pour les nouvelles entreprises parce qu'elles sont obligées de passer par ce type d'évènement pour se faire connaître.

 Enfin, c'est vrai qu'il est difficile de tout concilier, en tant qu'entrepreneur femme (rires). Pour la petite anecdote, mon fils, âgé de 18 mois, était présent, dans sa poussette, lors de la mise en place de notre stand au congrès de l'Ordre des experts-comptables ! Il a été très sage, sinon je ne l'aurais pas emmené, bien-sûr. Présence inhabituelle,  il a attiré les sourires amusés des autres partenaires. Espérons que cela lui donnera le goût d'entreprendre !

Comment imaginez-vous la situation d'Impal'Act d'ici 5 ans ?

Dans 5 ans, on espère vraiment qu'Impal'Act sera devenu un acteur conséquent dans le domaine du secrétariat juridique. Si tout va bien, nous aurons étendu notre savoir-faire jusqu'aux questions fiscales. En effet, nous voudrions créer des applications fiscales de manière concrète. Nous avons des idées pour développer ces compétences.

Le fiscal et le droit des sociétés sont forcément très liés et il y a une pénurie d'outils pour les professionnels de ces secteurs. Nous avons commencé par le droit des sociétés car c'est un droit qui « bouge » moins que le droit fiscal et donc qui présente un avantage en matière de développement informatique.

Notre levée de fonds sur laquelle nous travaillons actuellement, servira également pour embaucher et ainsi agrandir l'équipe. Nous voulons couvrir la vie juridique en général, et donc grossir.

Pour l'instant, nous sommes une petite équipe et l'objectif est d'intégrer en interne toutes les compétences dont nous avons besoin, surtout avec les partenariats qui vont être mis en place.

Qu'imaginez-vous pour le mieux-être de l'entrepreneuriat dans les métiers des chiffres ?

Avec le digital, tout est possible. Il y a un virage à prendre mais qui représente beaucoup d'opportunités pour les avocats, notamment. Il ne faut pas le rater, il faut faire sauter cette barrière qui subsiste encore entre le client et l'avocat. L'entrepreneur est un homme pressé et préfère donc pour des tâches simples, un rendez-vous rapide, derrière son écran si possible. Avec la digitalisation, beaucoup de choses sont faites à distance, mais cela n'empêche pas la relation client. Cette innovation n'est pas un barrage, au contraire, c'est l'occasion pour l'avocat ou l'expert-comptable de repenser sa profession et ainsi préparer les réussites à venir.

Nous sommes volontairement sur une niche. On a été praticiens, donc on sait ce dont un professionnel a besoin au quotidien.

Beaucoup de start-up seront sensibles au fait qu'expert-comptable et avocat utiliseront le numérique. Cela ne peut qu'avoir des retombées positives pour l'un comme pour l'autre de ces acteurs. Il est important que les professionnels du droit et des chiffres soient des partenaires pour les entrepreneurs. Cela permet de conserver la relation client au-travers de procédés simples. Ainsi, l'avocat garde sa plus-value, le professionnel reste professionnel et n'a donc pas à craindre cette fameuse ubérisation dont tout le monde parle.

Que pensez-vous de la situation des entrepreneurs en France ?

Il y a vraiment un esprit entrepreneurial en France. Moi qui étais avocate, je suis vraiment contente d'avoir rejoint l'équipe et d'être pleinement dans l'entrepreneuriat. J'ai hâte de voir tous les changements qui sont en train de s'instaurer.

En tant qu'entrepreneurs, on est très valorisés en France. Et on en est fiers ! Nous sommes globalement bien accueillis, y compris par les plus grosses entreprises ou les institutions.

Le client sent que l'on s'adapte à ses besoins. Être une start-up permet de répondre rapidement à ses attentes, grâce à la souplesse d'action que représente cette structure.

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L'équipe de la rédaction sur Compta Online