75e Congrès : une « plénière de crise » pour imaginer l'avenir de l'économie et de la profession

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La « plénière institutionnelle » de ce 75e Congrès a permis d'entendre les pouvoirs publics réaffirmer leur confiance dans la profession et dans son caractère réglementé. Mais elle a aussi donné lieu à plusieurs échanges autour du rôle des experts-comptables dans les années à venir, dans un double contexte de dématérialisation totale et de crise économique.

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Cette conférence réunissait Charles-René Tandé, président du Conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables, Jean Bouquot, président de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes, Alain Griset, Ministre délégué auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance, chargé des Petites et Moyennes Entreprises, Cendra Motin, députée et vice-présidente de la Commission des finances à l'Assemblée nationale, et Jean Arthuis, expert-comptable et ancien Ministre de l'économie et des finances.

Alain Griset adresse un message de confiance à la profession

Pour Alain Griset, l'expert-comptable est le tiers de confiance des TPE/PME, l'interlocuteur naturel pour les conseiller au quotidien. Un rôle amené à se développer, dans les mois à venir, pour accompagner la mise en ½uvre du plan de relance. Sur ce point, le Ministre affirme « avoir toute confiance dans le professionnalisme et l'écoute des experts-comptables ».

Mais Alain Griset va plus loin. Dans un contexte où certains s'interrogent sur la déréglementation de la profession, il affiche une position claire : « En ce qui me concerne, il n'y a jamais eu d'interrogation sur le fait que cette profession soit réglementée. La réglementation [...] permet simplement de garantir au professionnel d'avoir affaire à des gens compétents, en qui on peut avoir confiance ».

Plus concrètement, le Ministre a rappelé que le gouvernement avait fixé des objectifs chiffrés dans deux domaines intéressant les experts-comptables :

  • 30% du plan de relance doit être injecté dans l'économie d'ici fin 2021 ;
  • et à la même date, 1 million de TPE/PME doivent être « digitalisées », c'est à dire avoir réussi leur transformation numérique.

Alain Griset l'a donc rappelé, il compte sur les experts-comptables sur ces deux fronts, pour rendre tangibles sur le terrain les réformes engagées par le gouvernement.

Quelle place pour les experts-comptables dans les années à venir ?

Pour Charles-René Tandé, les quelques années qui viennent de s'écouler ont donné lieu à des changements réglementaires et technologiques majeurs. Et la conjonction des deux laisse entrevoir de belles évolutions pour la profession à l'avenir.

La loi Pacte a ainsi permis de nombreuses avancées pour les experts-comptables, par exemple avec les nouvelles missions de mandat de paiement et de recouvrement. Pour le président du Conseil supérieur, si on associe cette évolution réglementaire à la dématérialisation totale qui va résulter de la facture électronique dans quelques années, la profession sera bientôt en mesure de proposer un réel « full service » à ses clients.

Pour Cendra Motin, les experts-comptables vont être au coeur de nombreux sujets clés dans les années à venir, ne serait-ce qu'avec le bouleversement que va être l'obligation de facturation électronique pour les entreprises, mais avant cela avec la mise en oeuvre du plan de relance, l'accompagnement à la transformation numérique, ou la réduction des délais de paiement interentreprises. Pour la députée, sur ce sujet comme sur d'autres « écouter les experts-comptables permet d'éviter certains écueils qui transforment de la simplicité en casse tête chinois ».

Cendra Motin a par ailleurs réaffirmé son attachement au caractère réglementé de la profession, et donc à sa déontologie, garanties de sérieux pour les dirigeants d'entreprises et les pouvoirs publics.


L'expert-comptable, futur médiateur de la dette des entreprises ?

Pour Jean Arthuis, les experts-comptables ont sans doute une carte à jouer dans la période actuelle. Pour l'ancien ministre de l'économie, les entreprises vont devoir étaler les dettes accumulées pendant la crise si elles veulent être en mesure de les rembourser. Compte tenu du nombre d'entreprises concernées, et pour ne pas engorger inutilement les juridictions, Jean Arthuis propose la mise en place de « plans de redressement pragmatiques », hors tribunaux de commerce. Experts-comptables et commissaires aux comptes pourraient alors se porter garants du plan, au moment de la négociation et au cours de son exécution.

Pour Jean Bouquot, le sujet du crédit interentreprises est effectivement fondamental. Particulièrement en France, où les entreprises sont moins dotées en fonds propres qu'en Allemagne par exemple.

En tout cas, le président de la CNCC ne voit, ici comme ailleurs, aucune opposition entre experts-comptables et commissaires aux comptes. Pour Jean Bouquot, opposer les deux professions, c'est tenir des « propos d'estrade », fréquemment répétés en période électorale, mais très éloignés du c½ur du sujet.

L'enjeu de la souveraineté normative

Autre sujet d'avenir, l'élaboration des normes d'information financière. Quel doit être la position de la profession, mais aussi celle des pouvoirs publics, face à la prédominance anglo-saxonne ?

Selon Cendra Motin, la question porte désormais moins sur les normes comptables que sur les normes ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance). Sur ce sujet, la France et l'Europe doivent se battre pour ne pas perdre leur souveraineté.

Pour Jean Bouquot, il s'agit effectivement d'un sujet sur lequel la profession doit être particulièrement vigilante. Mais la question est déjà dans le radar de l'Union européenne : l'EFRAG a ainsi demandé à Patrick de Cambourg, président de l'ANC, de diriger un groupe de travail pour porter des propositions dans ce domaine.

Qu'est-ce que l'EFRAG ?

L'European Financial Reporting Advisory Group est une association sans but lucratif qui porte la voix européenne dans l'élaboration des normes internationales, en particulier au niveau de l'International Accounting Standard Board (IASB).

Charles-René Tandé : « Je suis fier de cette profession »

En conclusion de la dernière conférence plénière de son mandat, le président du Conseil supérieur a pu dire toute sa fierté d'avoir dirigé cette instance. Fierté aussi de faire partie d'une profession qui pu montrer sa réactivité, sa solidité en période de crise. Un Congrès qui s'achève donc avec les remerciements de Charles-René Tandé aux experts-comptables, et à leurs collaborateurs, pour l'ensemble du travail accompli en cette période historique.

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Julien Catanese
Directeur éditoral de Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
Diplômé d'expertise comptable, après 7 ans en tant que rédacteur en chef puis directeur de la rédaction Fiscalistes et experts-comptables chez LexisNexis, je rejoins l'équipe Compta Online en juin 2020.
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