Témoignage d'un diplômé d'expertise comptable français en Suisse

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Modifié le 10/02/2019
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La Suisse est un pays qui attire les frontaliers et des français venus de beaucoup plus loin. Généralement attirés par ce qui leur semble être un salaire élevé, ils tentent de répondre aux offres d'emploi avec leurs diplômes français.

En ce qui concerne la comptabilité, la reconnaissance d'un diplôme comme le DSCG ne suffit pas toujours. Il faut parfois se former sur place pour décrocher un emploi.

Seul le diplôme d'expertise comptable permet de s'inscrire à EXPERTSuisse, la principale association suisse d'experts-comptables et d'experts fiscaux. À la différence de la France, il n'est pas obligatoire d'en être membre pour professer. C'est après trois années d'expérience professionnelle en Suisse pour devenir expert réviseur, l'équivalent du commissaire aux comptes.

Témoignage de Jamel OUHMICH qui était présent à la dernière cérémonie de remise des diplômes d'expertise comptable du CSOEC.

 

Du baccalauréat au diplôme d'expertise comptable avec une expérience en Suisse

Jamel Ouhmich a passé tous les diplômes de la filière de l'expertise comptable. Du DPECF au DEC, en passant par les DCG et DSCG, il a commencé son stage d'expertise comptable, dans un cabinet installé près de la frontière Suisse.

Originaire de Strasbourg, Jamel fait partie de ces français qui ont choisi la Suisse pour leur carrière professionnelle. Dès le départ, il fera le choix de se former à la comptabilité et au droit fiscal notamment alors qu'il est expert-comptable stagiaire.

Aujourd'hui, il travaille dans deux cabinets distincts, qui se situent de part et d'autre de la frontière. Ses clients sont français ou suisses avec ou sans problématique transfrontalière dans les dossiers. Il accompagne également ceux qui veulent s'installer ou se développer dans l'un ou l'autre pays.

Travailler en Suisse c'est accepter de s'impliquer dans la vie du pays

Jamel est arrivé en Suisse « après 7 années d'expérience en cabinet d'expertise comptable ». Et parce que la Suisse dispose de ses propres normes comptables et d'une fiscalité différente, il faut parfois « accepter de repartir au bas de l'échelle ».

À titre d'exemple, il n'y a pas de plan comptable obligatoire. Il est seulement « recommandé et très différent du plan comptable français. Il suit une autre logique ».

En fiscalité, le vocabulaire peut vite dérouter le français qui arrive. « La déclaration de TVA devient le décompte de TVA et les suisses ne parlent pas de TVA déductible ».

« Les langues ont également une importance particulière en Suisse puisque le français, l'allemand et l'anglais sont souvent demandés ».

Le frontalier, celui qui habite en France devra compter avec le temps de trajet alors que celui qui s'établit en Suisse devra tenir compte du niveau de vie qui n'est pas du tout le même.

L'assurance maladie est à la charge du salarié par exemple. Tout le reste, loyer, électricité, internet etc. est plus cher qu'en France.

Pour lui, « le salaire net après le coût de la vie ne permet pas de gagner plus qu'en France. On ne vient pas travailler en Suisse pour le salaire ».

Son conseil : « il faut vraiment s'impliquer dans la vie suisse, sans faire de bis repetita par rapport à la France. Ce n'est qu'à cette condition qu'un comptable pourra évoluer en Suisse ».

Travailler en Suisse avec le DSCG, la difficulté n'est pas la reconnaissance du diplôme

Le titulaire du DSCG peut obtenir la reconnaissance du diplôme s'il souhaite débuter la formation pour être expert-comptable suisse. La reconnaissance du DSCG n'est pas nécessaire pour pouvoir s'inscrire au brevet fédéral de spécialiste en finance et en comptabilité, car il suffit d'en être titulaire. Cette formation dure 5 semestres ou 4 semestres en cursus accéléré.

Il est possible cependant de travailler en suisse avec uniquement le DSCG et passer quelques modules complémentaires en droit fiscal et comptable. Cela a été le cas pour Jamel OUHMICH qui les a passés à l'université de Genève. Et ce sont ces modules complémentaires qui vont « faciliter l'embauche d'un salarié français en Suisse ».

Pour celui qui arrive en Suisse, « la difficulté ne provient pas de la reconnaissance du DSCG dont il suffit de demander la reconnaissance ».

La principale difficulté réside dans le « choix des employeurs qui devront accorder leur confiance au candidat et la capacité de ce dernier à acquérir de nouvelles compétences indispensables en Suisse ».

Travailler en Suisse avec le DEC : une demande au SEFRI

Dès l'obtention de son diplôme d'expertise comptable, Jamel Ouhmich a fait « une demande de reconnaissance auprès du SEFRI, le secrétariat d'État à la formation, à la recherche et à l'innovation, pour être aussi expert-comptable en Suisse, en sachant qu'en suisse, ce n'est pas un titre protégé ». En effet, il est possible de mettre sur sa carte de visite « Expert-comptable » sans être titulaire du diplôme mais la mention « Expert-comptable diplômé » est protégée. Il sera « inscrit à EXPERTSuisse, équivalent de l'ordre des experts-comptables ».

Le titre protégé est expert réviseur, l'équivalent du commissaire aux comptes.

Pour s'inscrire auprès des associations professionnelles suisses, il faut déjà faire certifier son diplôme.

Il faut ensuite photocopier sa carte d'identité et demander un extrait de casier judiciaire qui doit être vierge comme en France.

Une fois diplômé d'expertise comptable, il faut acquérir de solides connaissances fiscales et sociales, très différentes de la France, ce qui a été possible pour lui du fait de l'expérience acquise en Suisse, afin de bien conseiller ses clients.

Il faut ensuite attendre les trois années d'expérience professionnelle en Suisse pour demander l'agrément en tant qu'expert réviseur auprès de l'ASR.

Dans ce cas, il n'y a d'équivalence avec aucun diplôme français et cela impose donc de passer un diplôme suisse. Cela fait partie de ses projets.

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Sandra Schmidt
Rédactrice sur Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
J'interviens sur Compta Online depuis 2007 et j'ai rejoint l'équipe en 2014. Mes articles abordent la comptabilité, la fiscalité, le droit social, les IFRS, mais aussi l'intelligence artificielle, la blockchain...
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