Côme Fouques, CEO d'Indy : « Nous visons les entrepreneurs qui tiennent eux-mêmes leur comptabilité »

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La startup Indy (ex-Georges) fait parler d'elle depuis quelques années dans le secteur de l'expertise comptable. Sa promesse d'automatiser la comptabilité des indépendants a parfois inquiété, agacé, ou suscité l'incrédulité. Mais une chose est sûre, la dernière levée de fonds en date, à hauteur de 35 millions d'¤, a confirmé le sérieux des ambitions d'Indy et de son fondateur.

Les experts-comptables sont-ils conscients du niveau d'automatisation déjà présent sur le marché ? Au-delà des slogans et des titres accrocheurs, quelle est la véritable vision de Côme Fouques, CEO d'Indy ?

Suite de notre série d'interviews dans l'écosystème de la Comptatech.

Quelle est l'idée de départ menant à la création d'Indy (ex Georges) ?

Notre objectif est de repenser la comptabilité des indépendants. Nous leur permettons de tenir leur comptabilité et de réaliser leurs déclarations fiscales en toute autonomie. En soi, le concept est loin d'être nouveau : plusieurs solutions avec ce même objectif existent depuis des années. Mais l'apport d'Indy, c'est essentiellement :

  • une application moderne, en ligne et très simple d'utilisation, qui automatise les tâches les plus redondantes ;
  • un service clients extrêmement réactif, via une messagerie instantanée.

Quelle est votre cible ?

Nous visons uniquement les entreprises sans salarié, en comptabilité de trésorerie, et désireuses de tenir elles-mêmes leur comptabilité. Cela a commencé avec les professionnels libéraux, mais nous touchons désormais l'ensemble des entreprises à l'IR et certaines sociétés à l'IS (EURL, SARL, SELARL, SELASU, SAS et SASU).

Nous n'avons pas la prétention de toucher toutes les entreprises de France, mais d'être les meilleurs sur ce segment. Et le pari semble réussi, car nous affichons à la fois un taux d'attrition extrêmement faible, et un taux de satisfaction très élevé.

Quels sont vos principaux concurrents ?

Nos premiers concurrents ont été les solutions que j'évoquais plus haut, qui permettent aux professionnels de tenir leur propre comptabilité, comme BNC Express ou Ciel Compta Libérales par exemple.

Je ne considère pas les cabinets comptables comme des concurrents directs, car encore une fois, nous ne visons pas les mêmes entreprises. Certaines entreprises préfèrent tenir elles-mêmes leur comptabilité, et d'autres ont un fort besoin de conseil. Nous visons la première cible, les experts-comptables sont tout à fait légitimes sur la seconde, voilà tout.

Bien sûr, je ne suis pas naïf, notre offre risque de faire bouger les lignes et d'accroître le nombre d'entreprises qui tiendront elles-mêmes leur comptabilité. Mais cela ne remet pas en cause la raison d'être des experts-comptables. 

Boursorama par exemple, a révolutionné l'expérience de la banque sans faire disparaitre pour autant  l'offre traditionnelle. Les réseaux bancaires classiques et les banques en ligne coexistent très bien.

Sur son site, Indy propose un « accompagnement personnalisé » : où placez-vous la frontière entre accompagnement et conseil ?

Je veux être clair : nous ne faisons pas de conseil. Nous ne proposons aucune simulation fiscale ou sociale par exemple. Nous apportons par contre, et c'est bien normal, une assistance à l'utilisation de notre solution. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous n'employons pas un seul comptable ou expert-comptable dans nos équipes. Nos clients tiennent leur comptabilité en totale autonomie.

Leurs questions portent sur toutes sortes de sujets : des modalités d'inscription à l'URSSAF aux frais de véhicules, en passant par le statut du conjoint, ou la déduction d'un loyer par exemple. Nous répondons très simplement (en quelques minutes), en orientant ces clients vers des sources officielles, des articles de notre blog, voire vers des cabinets d'expertise comptable.

Cela signifie-t-il que vous travaillez régulièrement avec des cabinets d'expertise comptable ? 

A ce stade, c'est tout à fait ponctuel et informel. Nous pourrions effectivement envisager de mettre en relation nos utilisateurs avec des experts-comptables, mais la demande est trop faible pour l'instant.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les fonctionnalités d'Indy : l'application gère-t-elle les spécificités sectorielles ?

Nous gérons la quasi-totalité des professions et secteurs, sauf quelques cas très spécifiques, comme, pour l'instant, les agents généraux d'assurance. Concrètement, lorsque nous sommes contactés par ce type de professionnels, nous préférons les orienter vers d'autres acteurs.

Pour que notre modèle, basé sur une souscription sans engagement fonctionne, tous nos clients doivent avoir une expérience utilisateur d'excellence. Nous ne pouvons donc pas nous permettre d'avoir des clients dont les spécificités ne seraient pas gérées par Indy. 

Les spécificités de la fiscalité française sont-elles conciliables avec l'automatisation de la comptabilité et des déclarations ?

Il est vrai que certaines dispositions fiscales ont bien occupé nos équipes de développement. Il a fallu les analyser, les décortiquer, et les rendre accessibles à tous. Mais notre solution est tout à fait capable de gérer des situations fiscales considérées comme plus complexes.

Nous gérons bien évidemment les problématiques de TVA, ou les quote-part d'utilisation personnelle, retraitement de CSG inclus, mais aussi les dispositifs zonés comme les ZRR par exemple, ou les différents régimes d'exonération de plus-values.

Votre clientèle étant majoritairement constituée de professionnels libéraux, quel retour avez-vous des OGA concernant vos dossiers ? 

Je n'ai pas de données consolidées relatives aux OGA, mais je peux vous dire que nous les suivons de près, dossier par dossier. Les déclarations produites sur Indy sont d'excellente qualité : nous n'avons jamais eu de client redressé par l'administration fiscale. 

Globalement, notre relation avec les OGA est très bonne, nous avons même des partenariats avec certains organismes, pour l'organisation de formations par exemple.

Confirmez-vous que les instances ordinales suivent le développement d'Indy ? 

Nous avons effectivement eu plusieurs échanges avec la commission de répression de l'exercice illégal d'un Conseil régional de l'Ordre, mais il n'y a aucune procédure en cours. 

La raison est simple : Indy édite un logiciel permettant à un chef d'entreprise de tenir lui-même sa comptabilité. Cela a toujours existé.

Nous avons toujours eu une approche très transparente, n'hésitant pas à répondre positivement aux sollicitations de la professions [NDLR : Côme Fouques a notamment participé à un débat organisé par le CROEC Paris Île de France en septembre 2019].



Julien Catanese
Directeur éditorial de Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
Diplômé d'expertise comptable, après 7 ans en tant que rédacteur en chef puis directeur de la rédaction Fiscalistes et experts-comptables chez LexisNexis, je rejoins l'équipe Compta Online en juin 2020.
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