Attirer et fidéliser, un enjeu pour tous les professionnels du chiffre

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Dans un contexte de pénurie de candidats au sein des cabinets d'expertise comptable de toutes tailles, la formalisation de la promesse de l'employeur gagne souvent à être attractive, différenciante, réelle et surtout crédible. Il faut aussi s'attacher à attirer le maximum de candidats dans la filière de l'expertise comptable.

De son côté, pour attirer les meilleurs profils, l'employeur doit souvent identifier et valoriser ce qu'il offre au salarié en échange de son travail, de son engagement et de sa performance pour le fidéliser.

L'attractivité d'un cabinet ne se limite donc pas aux salaires. Elle intègre l'intérêt des missions, la gestion de carrière, la formation, la qualité de vie (y compris le télétravail) et des éléments psychologiques comme le prestige de l'entreprise ou de la marque, les projets innovants, le travail d'équipe pour prendre quelques exemples.

L'ENOES travaille depuis de nombreuses années avec les cabinets d'expertise comptable et d'audit, majoritairement avec de petits et moyens cabinets. Elle place ses étudiants en alternance tout en s'accordant parfois avec les cabinets sur les missions à leur confier. Témoignage de Thierry Carlier, directeur de l'ENOES, l'École de l'Expertise Comptable et de l'Audit.

 

Peut-on remédier à la pénurie de candidats sur le marché du travail, si oui, comment ?

Le débat sur l'attractivité pose problème au sens où rien de décisif ne semble avoir été pérennisé pour permettre aux lycéens de se tourner vers ces métiers.

Les actions existent, elles sont menées par les instances, mais cela ne suffit pas toujours eu égard à ce que font les écoles de commerce. Des journées portes ouvertes sont organisées dans certains conseils régionaux, par exemple le 17 novembre 2021 dans la région Centre Val de Loire. Cette initiative gagnerait à être réitérée dans d'autres régions pour attirer les jeunes lycéens et leur faire découvrir le métier.

Beaucoup de jeunes viennent vers ces métiers de la comptabilité et de la finance grâce à leurs parents et connaissances, dès lors que ces derniers ont su leur présenter avec enthousiasme les différentes facettes du métier.

Les métiers de l'expertise comptable et de l'audit sont divers et variés, ils permettent de se tourner vers l'entrepreneuriat, le conseil. Il est dommage de constater cette insuffisance d'attractivité pour les jeunes.

La bonne nouvelle réside dans le fait qu'il y a peu de déperditions quand le choix des études est fait et que cela n'arrive généralement qu'au tout début du cursus.

Une fois dans la filière de l'expertise comptable, les jeunes y restent le plus souvent et plutôt longtemps.

 

Comment fidéliser les candidats au sein des cabinets d'expertise comptable de toutes les tailles ?

Le candidat est plus ou moins en position de force actuellement. S'il se plaît dans son cabinet, il y reste. Les employeurs doivent donner des possibilités d'évolution, un travail enrichissant qui permette au jeune de se projeter, de le fidéliser par la rémunération et d'autres dispositifs comme la marque employeur ou l'implication dans les projets de développement du cabinet (digitalisation, utilisation de l'IA etc...)

Sans ces dispositifs, les jeunes qui savent ce que vivent leurs camarades peuvent décider de changer de cabinet.

Il faut donner aux jeunes collaborateurs de l'autonomie dès lors que la motivation et la compétence sont bien affirmées.

Le salaire n'est pas le seul levier pour fidéliser un collaborateur même s'il reste important, voire parfois déterminant.

Les employeurs doivent mieux s'occuper de ces jeunes s'ils veulent les fidéliser. C'est un vrai challenge pour la plupart des employeurs.

Le dirigeant doit être un animateur avec une vision transversale, systémique, une vision projet, qui accompagne les jeunes en leur donnant envie. La clé de la motivation et de la fidélisation appartient au dirigeant et au manager. Les qualités intrinsèques du dirigeant feront la différence.

Globalement, le cabinet doit être dans une logique de co-construction.

 

L'ENOES travaille depuis de nombreuses années avec les cabinets d'audit et d'expertise comptable. Quelle est la place des Big Four ? et celle des petits et moyens cabinets ?

Aux yeux de certains professionnels, l'image de l'ENOES est trop liée aux très grands cabinets et qu'en conséquence il n'y aurait plus assez de candidats pour les plus petits cabinets. C'est une idée reçue et elle est très loin de la réalité, et heureusement d'ailleurs.

L'ENOES travaille depuis toujours avec les grands cabinets d'audit mais pas seulement. Quatre classes en DSCG leur sont dédiées, sur un total de douze. Nous avons 65% d'alternants pour les cabinets de petite et moyenne taille et 35% pour les grands cabinets rien que pour le DSCG.

Dans les Big Four, les jeunes ne font que de l'audit et pas ou très peu d'expertise comptable. En DCG et en BTS CG, quasiment la totalité des candidats en cabinet sont dans de petits et moyens cabinets. Cela fait peut-être des candidats en moins pour l'expertise comptable mais les grands cabinets recrutent aussi dans les écoles de commerce et les universités.

En DEC à l'ENOES, la proportion est de 85% pour les cabinets de toutes tailles en France et 15% pour les grands cabinets d'audit.

Dans nos formations universitaires, nous sommes très proches des 80% des élèves dans les petites et moyennes structures.

L'ENOES a toujours privilégié ses partenaires cabinets malgré la forte demande émanant aussi des entreprises.

 

Quel est le rôle de l'ENOES auprès des candidats ?

La plupart des jeunes de l'ENOES sont en apprentissage. Le contrat stipule de faire un suivi du jeune, de faire le point une à deux fois par an sur le contenu des missions, le fonctionnement dans le cabinet, les relations avec les collègues, l'employeur. Ce sont les équipes de l'ENOES et certains professeurs qui s'en occupent. L'employeur répond au questionnaire de suivi de l'alternant, envoyé par l'école.

Le financement au titre du tutorat est également possible auprès de l'OPCO.

L'ENOES communique via les Trophées MarCom Student. Une MasterClass est prévue le 10 décembre prochain. Il s'agit de faire travailler les jeunes sur un thème précis en rapport avec le métier et de les obliger à s'intéresser à d'autres univers comme le marketing ou l'intelligence artificielle. L'objectif de ces actions est d'améliorer leur ouverture d'esprit et de contribuer à améliorer les softkills qui reste le point faible de nos cursus de formation.

Côté projets, un e-learning a été mis en place avec des enseignants de l'ENOES pour les UE1 et 4 du DSCG. Il s'adresse à tous les candidats, y compris à ceux qui travaillent déjà dans les cabinets, qu'ils passent les épreuves pour la première fois ou non, et peut être couplé avec des journées en présentiel.

L'ENOES a lancé également une filière 100% IA appliquée aux métiers du chiffre avec ses partenaires historiques, ce qui permet de proposer des modules de formation à ses étudiants.