Relance : Yannick Ollivier s'appuie sur la loi Pacte pour placer les commissaires aux comptes au centre du jeu

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Lors d'une conférence de presse tenue ce mardi 13 avril, Yannick Ollivier a ouvert la phase de relance pour les commissaires aux comptes. Pour le président de la Compagnie nationale (CNCC), le message est clair : les auditeurs doivent être au c½ur de la reconstruction économique, en adressant un marché plus large que celui de la certification.

Le temps n'est plus à l'urgence, mais à la reconstruction. Après plusieurs mois de consultation auprès des entreprises, banques, tribunaux de commerce, et pouvoirs publics, Yannick Ollivier en est convaincu : le succès de la phase à venir repose beaucoup sur la qualité et la fraîcheur de l'information financière. Les 120 dispositifs d'aides et les 100 milliards d'¤ du plan de relance vont en effet requérir un fléchage précis vers les entreprises qui en ont le plus besoin pour tirer la croissance.

Pour répondre à cette urgence, le président de la CNCC a prévu une offre de services visant à objectiver et fiabiliser l'information financière des entreprises. Si le besoin de réassurance de l'ensemble des acteurs économiques est sans doute incontestable, c'est aussi une occasion pour les commissaires aux comptes de s'adresser à un marché beaucoup plus large que celui de la certification des comptes : toutes les entreprises sont potentiellement concernées, ou du moins toutes celles qui vont avoir besoin de montrer patte blanche pour obtenir un financement, une aide, ou un crédit fournisseur plus important par exemple.

Pour Yannick Ollivier, cette action s'inscrit complètement dans l'esprit de la loi Pacte : partir de l'ADN de créateur de confiance des commissaires aux comptes pour aller vers des missions sur mesure, répondant à de nouveaux besoins. Une vision qui confirme la stratégie dressée au début de sa mandature (voir notre interview « Yannick Ollivier : « La question de l'utilité du commissaire aux comptes ne se pose pas »).

Des comptes 2020 insuffisants pour créer la confiance 

Car les comptes annuels 2020 risquent de ne pas être de nature à rassurer les partenaires des entreprises. Le risque est donc de voir ces tiers se placer dans une posture d'attente, refusant financements ou facilités de paiement, et retardant ainsi le redémarrage de l'économie.

Il semble également impossible d'attendre 2022 pour actualiser ces données à partir des comptes annuels 2021. Yannick Ollivier propose donc de fiabiliser l'information financière dès maintenant, en apportant la garantie des commissaires aux comptes à des situations comptables intermédiaires ou des éléments d'analyse prévisionnels. En d'autres termes, en proposant de nouvelles attestations.

Les commissaires aux comptes, « tueurs d'incertitude »

Selon le président de la CNCC, les commissaires aux comptes vont devoir assumer deux grands rôles dans les mois à venir :

  • assumer leur devoir de prévention, en orientant les entreprises vers les dispositifs les plus adaptés, et en permettant ainsi une meilleure utilisation des fonds publics ;
  • créer une relation de confiance en rassurant les partenaires, et donc en délivrant des attestations sur la situation financière des entreprises.

Un double rôle résumé en une formule : « Les commissaires aux comptes doivent être des tueurs d'incertitude ».

4 catégories de missions pour participer à la relance

Attaché à démontrer l'engagement de la profession dans cette phase de relance, Yannick Ollivier imagine 4 grandes catégories de missions :

  • la vérification de la conformité des informations communiquées à l'appui des candidatures/demandes ;
  • l'apport d'éléments d'analyse sur la santé financière du candidat au dispositif au regard des données historiques prévisionnelles ; 
  • le contrôle a posteriori de l'utilisation des dispositifs conformément aux engagements pris par les bénéficiaires ; 
  • la surveillance de la recouvrabilité des prêts, avances, garanties et investissements en fonds propres. 

Pour autant, comme il le rappelle, « ce n'est pas la nature de la mission qui change, c'est le périmètre ». Les commissaires aux comptes ont effectivement l'habitude d'attester différents points liés à la situation financière des entreprises. Mais avec ce plan pour la relance, les professionnels de l'audit vont pouvoir s'adresser à beaucoup plus d'entités que les 220 000 qui font actuellement certifier leurs comptes. 

Demain, de nombreuses entreprises n'ayant jamais eu recours à un commissaire aux comptes pourront ainsi en contacter un pour convaincre un banquier, un fournisseur, ou un donneur d'ordre public, de leur solidité financière.

Pas d'obligation, mais une volonté de créer l'adhésion

Pour Yannick Ollivier, l'objectif est de créer l'adhésion, pas de chercher à rendre ces missions d'attestation obligatoires. II compte pour cela sur l'accueil favorable des parties prenantes ayant participé aux consultations de la CNCC, établissements bancaires, tribunaux de commerce, organisations patronales et pouvoirs publics. Libre ensuite à l'État d'exiger une attestation d'un commissaire aux comptes pour délivrer telle ou telle aide.



Julien Catanese
Directeur éditorial de Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
Diplômé d'expertise comptable, après 7 ans en tant que rédacteur en chef puis directeur de la rédaction Fiscalistes et experts-comptables chez LexisNexis, je rejoins l'équipe Compta Online en juin 2020.
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