4 biais psychologiques à oublier pour affronter l'avenir !

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Nous vivons une période relativement paradoxale. D'un côté, le discours tenu par l'écosystème de l'expertise comptable est unanime : la profession doit se réinventer, et vite. En même temps, sur le terrain, on constate que les cabinets ont du mal à se digitaliser, à changer leurs pratiques de management et leurs offres de services.

Comment expliquer ce décalage ? Pourquoi, face à des enjeux cruciaux, la résistance est-elle plus forte, alors que la survie d'une profession en dépend ? La réponse tient peut-être au fonctionnement de notre cerveau, et à plusieurs biais psychologiques, que nous avons tous.

Un constat unanimement partagé

Difficile de lire un article, écouter un podcast, ou assister à un événement de la profession sans retrouver un même discours qui inclut généralement :

  • un constat : la tenue comptable, qui représente une part très importante du chiffre d'affaires des cabinets, perd de la valeur et va continuer à en perdre. Il faut donc trouver des relais de croissance ;
  • une échéance : le 1er juillet 2024, avec la première étape de la généralisation de la facturation électronique, comme catalyseur de plusieurs tendances de fond ;
  • une stratégie : pour relever ce défi, il faudra former les équipes, moderniser les processus grâce aux solutions numériques, automatiser la production et proposer des services d'accompagnement et de conseil.

Difficile de trouver quelqu'un pour contester ces 3 points à la fois. La profession constate l'érosion du chiffre d'affaires lié à la tenue comptable et la concurrence accrue, les échéances de la facturation électronique font la une de la presse professionnelle depuis des mois, et le bien fondé du changement à mener ne fait guère débat.

Dans ce cas, comment aller au-delà des modèles dont le temps est compté pour réinventer son cabinet ? Comment lever les blocages pour automatiser la production ? Comment lever les freins qui peuvent empêcher le lancement de nouvelles offres de services [1] ?

 

Un risque abstrait, à long terme, et par définition incertain

Le cerveau humain est fait pour privilégier les signaux concrets, immédiats et irréfutables. Le « cerveau rationnel » et le « cerveau émotionnel » communiquent, mais c'est le second qui décide de l'orientation de l'organisme en dernier lieu. Or le cerveau émotionnel est adapté pour évaluer et répondre à un risque immédiat, concret, et indiscutable. Typiquement, c'est le cas d'une voiture qui foncerait sur vous. La transformation de la profession, c'est tout le contraire :

  • un signal abstrait : qui peut dire précisément quand la tenue comptable aura entièrement perdu sa valeur ?
  • un signal lointain, en tout cas pas immédiat : le chiffre d'affaires de la tenue s'érode mais ne s'effondre pas ;
  • un sujet de discussion : si la nécessité de se transformer fait plutôt consensus, les modalités précises peuvent faire débat, et les possibilités sont nombreuses.

Ce flou et cette (relative) incertitude nous donnent la marge de man«uvre pour croire ce que nous avons envie de croire : tout peut continuer comme avant.

 

L'effet « statu quo »

Psychologiquement, il est toujours plus simple de refuser un facteur extérieur que de changer une habitude. C'est la raison pour laquelle il est plus facile de mobiliser un quartier pour empêcher l'installation d'une antenne relais que pour revoir la façon de trier les déchets par exemple.

Depuis l'ordonnance de 1945, le modèle économique de la profession a très peu varié : des cabinets importants ont été créés et des carrières entières ont été bâties grâce aux missions de tenue comptable. Difficile de croire que c'est aujourd'hui cette équation qui est la principale source de risque pour la profession.

Dans le même temps, la profession se mobilise avec beaucoup de passion contre l'arrivée d'un nouvel acteur disrupteur, ou l'annonce d'une startup qui veut rendre gratuite la comptabilité des indépendants. Sans nier la concurrence de ces nouveaux entrants, il ne s'agit pourtant pas du plus gros risque pour la profession.

 

Le biais du survivant : « la profession a déjà vécu pire »

On pourrait penser que les personnes ayant la chance d'avoir survécu à une catastrophe climatique sont ensuite très concernées par les sujets d'écologie. En pratique, c'est tout le contraire : les catastrophes climatiques activent des mécanismes d'adaptation qui rendent plus probable la négation du changement climatique. Le fait d'avoir survécu à un tel événement renforce l'optimisme, la croyance en une histoire positive et l'espoir des personnes concernées. Autant de facteurs imperméables aux faits et aux statistiques.

La profession comptable a aussi eu son lot de bouleversements depuis plus de 70 ans, et elle les a brillamment franchis. La question peut donc paraître légitime : pourquoi une profession qui est passée des balances carrées à la reconnaissance automatique sur mobile en quelques années devrait-elle s'inquiéter de la facture électronique ?

Or, ce raisonnement fait intervenir un autre biais, le biais de disponibilité. Dans une série d'évènements, l'être humain à tendance à retenir uniquement le dernier élément, et à ne pas voir la tendance générale. Dans le cas présent, l'automatisation de la saisie conjuguée n'est pas qu'un événement de plus, c'est l'aboutissement d'une tendance lourde.

 

Biais de l'optimisme : eux là-bas et demain, mais pas moi ni aujourd'hui

Ce dernier mécanisme psychologique tend à laisser penser que nous courons moins de risques que les autres. Inconsciemment, on s'imagine ainsi que les autres fumeurs risquent davantage d'avoir une attaque cardiaque que nous ou que les cyberattaques n'arrivent qu'aux autres.

On retrouve donc cette manière de penser au sein de la profession. Qui n'a jamais assisté à une discussion ou un associé dresse le constat d'une profession qui doit évoluer, avant d'ajouter, comme pour se justifier : « moi, je suis à la retraite dans 10 ans, mais ceux qui arrivent sur le marché aujourd'hui par contre... ».

Dans cet exemple, l'optimisme est générationnel ou temporel, mais il peut être lié à toutes sortes de facteurs, par exemple :

  • géographiques : « c'est une question pour les cabinets parisiens » ;
  • organisationnels : « j'ai un cabinet à taille humaine, mes clients me connaissent, la relation est différente » ;
  • technologique : « les startups ne pourront jamais disrupter une liasse fiscale, c'est beaucoup trop technique ».

 

Identifier les biais pour prendre de bonnes décisions

Il n'est pas question ici de pointer du doigt qui que ce soit, de distribuer des bons et mauvais points, ou de juger des comportements : ces biais psychologiques sont par définition inconscients, et s'appliquent à nous tous, quelle que soit notre situation.

Toutefois, prendre conscience de nos propres mécanismes psychologiques peut aider à prendre de meilleures décisions. L'automatisation de la saisie, l'évolution des comportements et des attentes des dirigeants d'entreprise, mais aussi la généralisation prochaine de la facturation électronique dessinent une trajectoire claire pour la profession comptable. Les moyens d'actions sont connus, les solutions numériques sont là, et le temps est compté.

Un premier pas simple, peu co»teux et rapidement opérationnel peut être de mettre en place un point d'entrée numérique unique pour votre cabinet. Plateforme d'échange entre le client et vos collaborateurs, mais aussi portail de services ce type de solution vous permet de travailler à la fois sur la production et sur l'offre, et constitue le socle de votre cabinet de demain. N'hésitez pas à nous contacter pour en discuter !

[1] Dans son livre « Le syndrome de l'autruche », George Marshall analyse les raisons pour lesquelles la mobilisation des populations n'est pas à la hauteur de l'urgence climatique. Toutes proportions gardées, on peut dresser un parallèle avec le bouleversement annoncé dans la profession.


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