Honoraires de l'expert-comptable : faut-il encore facturer au temps passé ?

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Modifié le 22/10/2018
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Les experts-comptables peuvent facturer de différentes manières, au temps passé, au forfait ou selon un mélange des deux méthodes. Dans tous les cas, la facturation est majoritairement fonction du temps passé par les collaborateurs sur un dossier.

Si cette méthode de facturation au temps passé ou à l'heure relativement simple, a longtemps profité aux experts-comptables, elle a aussi un inconvénient majeur : celui de transférer l'essentiel des gains de productivité chez les clients. En caricaturant à l'extrême, plus un cabinet est bon et efficace dans son processus de production, meilleure est son organisation et moins il facture et son chiffre d'affaires baisse.

Dans ces circonstances, les experts-comptables ont-ils réellement intérêt à optimiser leur processus de production et à faire en sorte que leurs collaborateurs travaillent moins sur les dossiers ?

La question mérite d'être posée même si la réponse est bien évidemment positive. L'avenir des cabinets d'expertise comptable en dépend.

L'impact des technologies sur les honoraires de l'expert-comptable : une reddition aux clients

L'approche est facile. Pour déterminer les honoraires à facturer sur un dossier, il suffit de mesurer le temps nécessaire à l'accomplissement des différentes tâches. Dans un dossier de tenue des comptes, un tiers du temps pouvait être considéré comme consacré à la collecte des informations, 45% du temps à la saisie des données, 15% du temps à la révision, le reste à la restitution et à l'archivage.

Peu à peu, les logiciels comptables (avant même de parler d'automatisation des écritures) ont accéléré la capacité de production des cabinets qui pouvaient en faire plus, en moins de temps.

L'accélération a provoqué une diminution du nombre d'heures à facturer, ce qui a intégralement bénéficié aux clients ou presque, très peu aux cabinets d'expertise comptable.

Les technologies ont donc pour principal effet de diminuer le nombre d'heures à facturer, des heures qu'il faut pouvoir remplacer. Dans le cas contraire, le client choisira simplement l'expert-comptable qui prendra le moins de temps pour réaliser la prestation et lui facturera le moins.

Le client n'hésitera pas à partir s'il trouve moins cher ailleurs en se focalisant sur le prix et l'efficacité du cabinet qui doit toujours accélérer ses processus. Il ne voit ni les compétences ni l'expertise réelle de l'expert-comptable.

Honoraires au temps passé : pas forcément la meilleure approche pour aller vers le conseil

L'expert-comptable peut devenir le conseiller privilégié de son client. Pour cela, il doit faire en sorte que le client ne se focalise pas sur le prix de la prestation.

La facturation au temps passé diminue la valeur des travaux de l'expert-comptable en suggérant que ses services sont interchangeables avec d'autres services.

Pourtant, ce n'est pas parce que la technologie aide les experts-comptables et leurs collaborateurs à faire plus de choses en un temps plus réduit, que la valeur des travaux a diminué.

Le client qui ne voit que des heures de travail (ou des minutes lorsque les appels téléphoniques sont facturés aussi) ne comprend pas le temps qu'il faut pour réaliser les prestations. Il est alors souvent frustré parce qu'il a du mal à connaître le montant des honoraires de l'expert-comptable à l'avance et ne peut pas les prévoir dans son budget.

Ce mode de facturation au temps passé crée alors, dans les cas extrêmes, une mauvaise expérience client. Le risque de perte de confiance de la part du client augmente.

Les cabinets gagneraient à facturer autrement en tenant compte du coût toujours plus important des technologies. Ce n'est pas une surprise. Les clients attendent de plus en plus souvent de leur expert-comptable qu'il investisse dans des technologies toujours plus poussées pour rendre son travail toujours plus efficient, pour accélérer la mission traditionnelle.

Or, la profession comptable a depuis toujours basé son modèle de facturation sur les coûts salariaux et les investissements dans les technologies de pointe sont parfois considérés comme des frais généraux.

Des voix, qui nous paraissent minoritaires, semblent s'élever pour proposer des honoraires en fonction de la valeur apportée au client, une valeur qui n'a rien à voir avec le nombre d'heures nécessaires pour réaliser une prestation. L'objectif est de permettre au cabinet de tirer profit des services fournis aux clients, pas du temps passé par un collaborateur sur un dossier. Nous y reviendrons.

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Sandra Schmidt
Rédactrice sur Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
J'interviens sur Compta Online depuis 2007 et j'ai rejoint l'équipe en 2014. Mes articles abordent la comptabilité, la fiscalité, le droit social, les IFRS, mais aussi l'intelligence artificielle, la blockchain...
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