Yannick Ollivier : « La question de l'utilité du commissaire aux comptes ne se pose pas »

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Yannick Ollivier, récemment élu à la présidence de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes, détaille sa vision de la profession et de ses principaux enjeux.

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Quelle est votre analyse de la situation des commissaires aux comptes et quelles sont les priorités de votre mandature ?

Comme beaucoup de professions réglementées, nous sommes actuellement moins centrés sur nos propres problématiques que sur les conséquences économiques de la crise sanitaire. Nous prenons notre part dans la gestion de cet événement exceptionnel et la préparation de la relance, en anticipant au mieux les conséquences sur les comptes annuels, et en adaptant nos habitudes de travail aux contraintes sanitaires.

Au-delà de cette crise conjoncturelle, la profession fait face à des enjeux considérables. Nous commençons, tout d'abord, à mesurer les premiers effets de la loi Pacte. Une analyse statistique des déclarations d'activité, disponible d'ici le mois d'avril, permettra de répondre à de nombreuses interrogations : quelle est la part de mandats non renouvelés suite au relèvement des seuils ? Dans quels cas ont-ils été maintenus ? Sur quels critères ? L'objectif est de tirer des leçons pour l'ensemble de la profession.

Plus globalement, cette mandature, qui se veut résolument offensive, a trois priorités.

Nous voulons tout d'abord clarifier le rôle du commissaire aux comptes, en le positionnant à sa juste place, celle de l'acteur incontournable de la sécurité et de la transparence, financières et extra-financières. La question de notre utilité ne se pose pas. Par contre, nous devons nous interroger sur la meilleure manière de faire jouer à plein notre utilité sociétale. Dans cet objectif, la loi Pacte nous donne la possibilité de valoriser davantage notre rôle, sans modifier notre ADN. Nous devons désormais faire la démonstration de notre capacité à répondre aux attentes du marché, mais le socle de notre exercice professionnel ne change pas.

Nous voulons ensuite écouter davantage nos marchés, qu'il s'agisse de celui de l'entreprise, du monde de l'économie sociale et solidaire, ou du secteur public. Nous allons poursuivre le travail effectué par Jean Bouquot, en multipliant les études de marché et les échanges avec nos clients, nos partenaires institutionnels, les investisseurs, et plus globalement toutes les parties intéressées par une information économique fiable.

L'avenir des commissaires aux comptes repose moins sur une éventuelle évolution législative que sur la capacité de notre profession à embrasser ce nouveau paradigme. Cette mandature est donc avant tout au service des professionnels. Nous voulons faire prendre ce virage à l'ensemble de la profession, en apportant les moyens nécessaires pour développer de nouvelles offres, entrer dans une démarche marketing ou gérer les compétences au sein des cabinets. Pour cela, nous travaillons main dans la main avec les CRCC, qui sont des relais absolument indispensables.

Quels relais de croissance envisagez-vous pour les commissaires aux comptes dans les années à venir ?

La croissance dépend tout d'abord de notre capacité à répondre aux besoins du marché. Nous avions déjà publié un catalogue présentant des exemples d'offres de services et nous allons continuer dans ce sens pour accompagner les commissaires aux comptes dans la valorisation de leur savoir-faire : une capacité à évaluer des risques, à tester le respect des textes légaux et réglementaires, à mener des diagnostics sans jamais faire de conseil, avec le regard d'un professionnel totalement indépendant.

Nous avons par ailleurs un rôle à jouer dans la relance économique à venir, car il y a un véritable enjeu de sécurité et de confiance. Si on imagine demain un fléchage des aides vers certaines entreprises, ou des dispositifs spécifiques en matière d'investissement et de financement, les commissaires aux comptes et les experts-comptables devront répondre présents.

Quelle est votre vision du marché du secteur public pour la profession ?

C'est un secteur extrêmement porteur, notamment parce que la société dans son ensemble est de plus en plus attentive à la bonne utilisation des fonds publics. Nous sommes bien sûr déjà impliqués dans ce secteur, notamment auprès des hôpitaux, des universités et des établissements publics nationaux.

Il y a un enjeu important au niveau des collectivités territoriales, qui expérimentent actuellement la certification de leurs comptes. Nous travaillons avec la Cour des comptes pour que cette phase aboutisse à une généralisation de la certification, au-delà d'un seuil à définir.

Dans le même temps, nous avons engagé une réflexion avec la DGFiP pour définir une mission visant les collectivités de taille plus modeste, qui n'auraient pas l'obligation d'avoir recours à un commissaire aux comptes. Le niveau d'assurance serait différent de celui de la mission de certification, mais il permettrait tout de même aux collectivités de démontrer un certain niveau de fiabilité et de sincérité de leurs comptes.

L'information non financière est un axe important des travaux de la CNCC : pouvez-vous nous en dire plus sur les travaux en cours ?

Il est de notre responsabilité de réfléchir aujourd'hui à ce que sera notre marché demain ou après-demain. C'est dans cet objectif que nous avons créé une commission prospective, qui se concentre sur deux enjeux majeurs : le digital bien sûr, mais aussi l'information non-financière.

L'information non-financière a déjà pris une place importante dans certains secteurs, comme l'économie sociale et solidaire ou le mécénat. En tant que créateurs de confiance, nous avons donc un rôle à jouer, autour de trois axes :

  • suivre de près l'élaboration des normes, au niveau national, européen, et mondial ;
  • réfléchir dès aujourd'hui à une offre adaptée aux TPE/PME, qui n'auront probablement pas de contrainte réglementaire dans ce domaine, mais qui voudront communiquer sur des indicateurs non financiers de type RSE ; 
  • nous positionner à l'avant-garde de l'information non-financière, avec une réflexion à long terme. C'est tout l'objectif de la chaire Audencia, qui mène des travaux autour des enjeux du reporting intégré, de sa pertinence, et des attentes sociétales vis-à-vis de ce type de données.



Julien Catanese
Directeur éditorial de Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
Diplômé d'expertise comptable, après 7 ans en tant que rédacteur en chef puis directeur de la rédaction Fiscalistes et experts-comptables chez LexisNexis, je rejoins l'équipe Compta Online en juin 2020.
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