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Un mémoire d'expertise comptable peut-il être utile au jeune professionnel ?

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Publié le
Modifié le 23/10/2018
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Le mémoire d'expertise comptable est souvent la hantise des experts-comptables stagiaires. Pourtant, certains d'entre eux arrivent à tirer leur épingle du jeu, en faisant un très bon mémoire qui sera ensuite utilisé dans la vie professionnelle.

Présentation

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Amélie Van Elst a obtenu son diplôme d'expertise comptable à la session de novembre 2014 et a été récompensée du prix du meilleur mémoire en 2015.

Après une formation universitaire suivie d'un Master CCA, elle débute sa carrière chez Ernst & Young (EY).

Son mémoire est intitulé : le capital humain : diagnostiquer, mesurer et agir sur le stress en cabinet.

 

Interview



Le mémoire est souvent vu comme une contrainte par l'immense majorité des stagiaires experts-comptables. Pourtant, vous avez réussi à obtenir le prix du meilleur mémoire en 2015, tout en continuant de travailler pour EY et en cumulant la rédaction du mémoire avec les premiers préparatifs de votre mariage en août.
Quel est votre secret ?

Je pense avant tout que le choix du sujet y est pour beaucoup : il faut choisir un sujet qui nous plaît vraiment et dans lequel on trouve un épanouissement personnel et une vraie valeur ajoutée...

Bien souvent, le choix du sujet est compliqué. Mais il est indispensable de se poser les bonnes questions et surtout ne pas hésiter à prendre son temps pour la détermination du thème. Il faut choisir un sujet pour lequel on a envie d'en savoir plus, de creuser, de découvrir et d'apprendre.

Après le choix du thème je pense qu'il n'y a pas de secret, seul le travail paye! J'avoue que l'année 2014 a été une année un peu compliquée, entre les préparatifs de mon mariage, les écrits du DEC et le mémoire, et sur le plan professionnel, mon année charnière pour le passage au poste de Manager chez Ernst... mais comme quoi tout est possible.

Il est important de noter qu'un entourage stable et une famille qui m'a beaucoup soutenue ont été pour moi, l'une des clefs de ma réussite.

 

Pour l'élaboration de votre mémoire, vous avez effectué un sondage auprès d'une communauté relativement importante de professionnels. Vous avez obtenu près de 5000 réponses.
Quelles ont été les méthodes et les outils employés ? Le public visé ?

Mon enquête a été réalisée auprès de nombreux professionnels effectivement ; pour cela j'ai utilisé un site web qui permet le déploiement et le traitement d'enquête pour un budget assez réduit (de moins de 20¤ par mois) www.enquetefacile.com. Il permet une analyse et un traitement des données assez simple par ailleurs.

En ce qui concerne les méthodes de diffusion, j'ai rencontré plus de difficultés pour véhiculer mon enquête; j'ai utilisé plusieurs moyens de communication:

  • mailing avec mon réseau professionnel en demandant bien entendu de faire suivre l'enquête au sein du réseau de chacun d'entre eux ;
  • affichage sur les pages des réseaux sociaux des ANECS, CJEC de régions ;
  • contact auprès des OEC régionaux et CNCC régionaux pour obtenir les listings ou en leur demandant de faire suivre mon enquête ;
  • au-delà de cela, il y a eu un bel effet de bouche à oreille pour cette enquête.

D'ailleurs, j'avoue avoir passé quelques soirées à répondre aux mails automatiques de confidentialité des confrères pour que les mails soit livrés...

 

Le sujet de votre mémoire est le stress en cabinet. Ce n'est pas à proprement parler un sujet technique. Cela aurait pu être un “risque” pour la soutenance.
Comment vous est venu cette idée ? Est-ce conforme aux exigences de l'épreuve ?

Je savais effectivement que je prenais un risque considérable dans le choix de ce sujet, pour autant c'était quitte ou double. Il était important pour moi d'aborder ce sujet comme un axe de développement pour la profession et non comme une critique de faits constatés.

L'épreuve ne mentionne pas l'obligation d'aborder un sujet technique. Je pense réellement que c'est un choix plus risqué et moins confortable mais qui en vaut la peine.

 

Dans votre mémoire, vous expliquez qu'il est très important de veiller au “bien être” des collaborateurs afin de limiter les coûts liés au stress. Quels sont ces coûts ?

Les coûts liés au stress sont très nombreux et parfois méconnus des collaborateurs. Cela peut prendre la forme, par exemple, d'une perte d'efficacité ou d'une dégradation des conditions de travail.

Ces coûts sont également humains, avec des lésions physiques, comme l'apparition de maladies de peau (eczéma, stigmates physiques sur le visage...), pour lesquels on ne fait que rarement le lien avec le stress (impact sur la santé).

Pour l'expert-comptable, le coût financier peut être très important lors du départ de ces collaborateurs “trop stressés” pour continuer à travailler avec lui, et provoquer ainsi le mécontentement des clients.

Je dirais que les coûts du stress sont si nombreux et difficiles à concevoir, qu'avant la rédaction du mémoire, je ne les voyais pas à un tel niveau.

 

Le fait d'avoir des collaborateurs plus heureux peut-il réellement améliorer la performance globale du cabinet ? Comment ?

Les travaux et les enquêtes conduits tout au long de la rédaction ont permis d'en venir à ce constat : la performance de nos cabinets est liée à l'épanouissement des hommes qui y travaillent.

Il est donc important d'analyser au plus près le stress, afin de déterminer la meilleure méthode d'intervention du professionnel auprès de ses équipes, et permettre l'épanouissement de chacun.


Si la profession souhaite apporter les meilleures performances et compétences à ses clients, il faut que chacun des acteurs trouve une place au sein de l'organisation dont il fait partie. Le comportement que l'associé véhicule importe. Il faut en avoir conscience, et chercher les occasions et les moyens d'optimiser le capital humain.

Une meilleure gestion du stress face aux clients et aux prospects est essentielle.

Devant les contraintes de planning et de gestion des dossiers, on oublie quelquefois que l'on travaille avec des hommes, et les malmener ou leur impacter du stress, peut vite devenir un handicap pour le cabinet de demain. Ces techniques de management sont souvent passées sous silence.

L'idée est de donner aux experts-comptables et commissaires aux comptes des techniques tout au long de l'année, qui permettront de mieux gérer le stress des collaborateurs et également de réduire l'impact des « stresseurs ».

 

Quel est le rôle de l'expert-comptable ou du commissaire aux comptes, dirigeant du cabinet ?
Quels comportements doit-il éviter ?

Le rôle de l'associé doit s'inscrire dans une synergie en vue de la recherche du bien-être de ces collaborateurs.

Pour l'associé, il est essentiel de faire un feedback, sur les actions et mesures anti-stress, mises en place. Car en effet, les experts sont satisfaits des actions et se sentent impliqués. Pour autant, les collaborateurs se sentent complètement livrés à eux-mêmes devant leur propre gestion du stress.

Selon le docteur Ramos, spécialiste du droit du travail dans la profession comptable, le premier constat est de dire que les actions sont mal perçues par les salariés de l'organisation. Il faut sortir du concept de l'« action pour l'action », et prendre désormais en compte, les besoins des salariés et faire de l'action pour le bien-être et l'efficience des collaborateurs. Il s'agit dans le cadre de cette étude d'un problème de perception par les membres de l'organisation.

Il est indispensable d'être à l'écoute de ces collaborateurs afin que ces derniers se sentent considérés en tant que personne.

 

Quel est l'intérêt pour lui de devenir un coach pour ses collaborateurs ?

L'associé d'aujourd'hui se doit d'être de plus en plus réactif, anticipatif, proche du terrain et de ses clients. Il doit avoir une fonction de plus en plus technique, mais aussi plus orientée vers l'humain, avec sa responsabilité de gestion des collaborateurs. Dans la plupart des cabinets de taille moyenne, il n'y pas de service ressources humaines, et même dans les plus gros cabinets, les « big four» par exemple, il n'y pas de proximité avec une personne des ressources humaines que l'on ne rencontre jamais. C'est donc là aussi l'associé qui doit jouer ce rôle de proximité.

Il est proposé ici des actions pour pallier ce manque de proximité :

  • l'évaluation des associés pratiquée par l'ensemble des personnes du cabinet, permet de faire prendre conscience de l'image qu'ils véhiculent. En effet, cela donne aux collaborateurs, la possibilité de pouvoir s'exprimer, sur des méthodes de management stressantes. Cela suppose, que l'associé soit préparé à un tel jugement. 
  • la mise en place de plan de progrès individuel, permet aux managers de graduer leur perfectionnement, et de transformer des faiblesses, impactant de manière négative l'organisation, en forces. Le travail mené ici va lui permettre d'évoquer la question du « Qui suis-je ? » et de s'interroger sur ses valeurs.

L'intérêt de devenir un coach va permettre à l'associé :

  • de devenir un meilleur manager : par la formation et l'importance de la proximité ;
  • de déléguer dans de bonnes conditions, pour réduire le stress au lieu de l'accroître ;
  • d'anticiper certaines contraintes réglementaires, comme les contrôles et autres exigences pour répondre aux normes professionnelles.

 

Comme de nombreux thésards (doctorants qui rédigent une thèse), vous avez inséré la rédaction de votre mémoire dans un projet professionnel.
Quel est ce projet ?

L'étape de rédaction est une période assez longue, pendant laquelle on a souvent le temps de réfléchir à son projet professionnel. En ce qui me concerne, je souhaiterai, en complément de l'exercice de la profession, mettre en place des actions de formations au sein des cabinets, pour faire profiter du travail de recherche mis en place dans le cadre du mémoire.

L'objectif de ces formations, est d'accompagner les cabinets dans la reconnaissance du stress des équipes, mais également de donner les clefs pour cerner l'amplitude du phénomène. L'intérêt est de démontrer l'intérêt d'une action et d'un management des hommes à mettre en place.

Il est important d'aider les membres de la profession à lever ce tabou. La formation collective permettra de donner les clefs de la compréhension qui permettront d'appréhender plus clairement les enjeux sur lesquels ils auront à opérer des choix stratégiques.

Je reste disponible pour tout développement d'action de formation au sein de cabinet sous forme de ½ journées / journées. Je suis joignable via mon profil LinkedIn.

 

Sandra Schmidt

Sandra Schmidt
Rédactrice sur Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
J'interviens sur Compta Online depuis 2007 et j'ai rejoint l'équipe en 2014. Mes articles abordent la comptabilité, la fiscalité, le droit social, les IFRS, mais aussi l'intelligence artificielle, la blockchain...
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