[Tribune] Drakarys : les choix du CSOEC servent-ils notre profession ?

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En juillet, j'ai publié un post sur LinkedIn au sujet de Drakarys et de son investissement dans MyUnisoft. Je voulais ouvrir le débat car je trouvais que nous n'étions pas beaucoup informés des investissements ou des avances faites par le CSOEC (Conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables), via Drakarys. Cela a suscité beaucoup de réactions parmi les confrères puisque le post a été vu plus de 14 000 fois avec de nombreux commentaires. Et je suis persuadé que derrière ces questions légitimes, se trouve une autre plus essentielle : celle de nos choix d'investissement.

[NDLR : Cet article est une tribune libre de Claude Robin, président fondateur d'Amarris Groupe et d'Amarris Direct]

Je suis expert-comptable, fondateur du Groupe Amarris et nous sommes également éditeur de logiciel. Nous réfléchissons beaucoup sur l'avenir de notre profession, notamment par le lancement il y a un an de notre franchise pour les jeunes experts-comptables.

Je m'interroge sur plusieurs sujets : l'investissement dans MyUnisoft, l'indépendance numérique de la profession, mais aussi son attractivité.

Investissement dans MyUnisoft

L'investissement s'élève a priori à environ 3 M¤. Jamais ce montant n'a été communiqué officiellement. La souscription au fonds Drakarys n'est d'actualité que depuis le 27/09. On suppose donc que l'argent a bien été investi ou avancé par le CSOEC. En tant qu'expert-comptable qui paie des cotisations à l'Ordre depuis plus de 20 ans, je m'interroge sur la capacité de notre instance à pouvoir réaliser de tels avances ou investissements sans en informer les confrères.

L'argent dont dispose le CSOEC est notre argent, la plus grande transparence est donc de mise. C'est légitime. Or, au cas présent, nous ne savons toujours pas si l'investissement réalisé dans MyUnisoft par Drakarys est bien lié à une avance du CSOEC. Nous ne savons pas non plus si cette avance sera ensuite remboursée après souscription ou investissement des confrères dans Drakarys. Est-ce normal ?

Indépendance numérique

Depuis toujours, notre profession et notre organisation pilotées par le CSOEC et les CROEC (Conseils régionaux de l'Ordre des experts-comptables) sont financées par nos cotisations et par les éditeurs de logiciel (via les Congrès). En tant qu'éditeur de logiciel, je comprends le mécontentement de ces éditeurs qui se sentent mal traités et désabusés alors qu'ils ont financé la profession depuis des décennies.

L'indépendance numérique est un v½u pieux. Face aux enjeux de la profession, nous devons nous doter des meilleurs outils qui nous permettront d'automatiser au mieux la comptabilité, la paie, le juridique et d'avoir les meilleurs outils gérant la relation client. On estime qu'il faut au moins 50 M¤ pour se doter d'un bon outil de production. Est-ce que la profession a les moyens de se le payer ? Est-ce que c'est son rôle ?

J'ouvre le débat et pose simplement des questions pour que nous nous penchions tous sur notre avenir. Car c'est vrai, certains acteurs sont en situation de quasi-monopole. Il est donc primordial qu'il y ait une concurrence saine chez les éditeurs qui nous fournissent les outils que nous utilisons au quotidien (compta et paie) mais l'indépendance numérique a un prix. Quel est celui que nous sommes prêts à payer ?

Regardons la réussite de Jedeclare.com. Cette instance qui est une pure émanation de l'Ordre ½uvre depuis de nombreuses années pour l'ensemble de la profession. Elle nous a permis de généraliser l'automatisation de nos déclarations, de rapatrier nos flux bancaires. Cela a permis à tous les experts-comptables d'accéder à des services dont ils n'auraient pu bénéficier s'ils avaient été seuls. Jedeclare.com est un bien commun et nous sommes tous très satisfaits de l'avoir. On peut imaginer que demain, jefacture.com soit aussi utile à de nombreux confrères et cons½urs. Ces deux exemples montrent que nous pouvons nous mêmes créer des entités qui aident toute la profession tout en travaillant main dans la main avec les éditeurs plutôt que de les opposer.

L'attractivité : véritable enjeu de la profession ?

Nous souffrons cruellement d'un déficit d'image, nous avons tous du mal à recruter nos collaborateurs, à les fidéliser. Certains cabinets ajustent même leur chiffre d'affaires par rapport à leurs ressources plutôt que l'inverse. Notre croissance est donc parfois limitée par faute de ressources.

L'attractivité de nos métiers est l'enjeu de demain. Les plus gros cabinets créent leur propre campus, trouvent des solutions, mais que feront les plus petites entités demain ? Il est urgent d'agir et de consacrer les moyens nécessaires à notre marque employeur. Le mot expert-comptable est une marque très forte auprès de nos clients, c'est une richesse pour nous tous. Cette marque « expert-comptable » doit être aussi forte pour faciliter nos embauches, et ce n'est pas le cas aujourd'hui. C'est un sujet beaucoup plus important que nos outils dont les évolutions vers l'avenir sont globalement traitées par l'ensemble des éditeurs.

Face à la vitesse des changements que nous vivons aujourd'hui, qu'ils soient techniques ou sociétaux, nous devons choisir nos combats et celui de l'attractivité de notre profession est sans doute le plus important.

Claude Robin

Président fondateur d'Amarris Groupe et d'Amarris Direct