Stop au théâtre, notre profession n'est pas tartuffe !

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Tribune libre de Denis Barbarossa, expert-comptable et commissaire aux comptes

Tous les quatre ans, la profession vit un intense moment politique... la campagne électorale. Souvent instructive, parfois barbante diront certains, c'est surtout le moment choisi de débats et d'expression des idées.

Cette année est particulière puisque la réforme du mode de scrutin permet l'expression de tous et la fin des man½uvres d'appareil (les grands électeurs en Conseil Régional) et le décalage entre les deux élections (novembre N / mars N+1) qui pouvaient laisser la place à un certain suspens et des retournements parfois étonnants. Bref, cette nouveauté, plus démocratique mise en place sous la mandature de Charles-René Tandé a été qualifiée lors des débats d'anomalie par certains puisque permettant « à la majorité exprimée de l'emporter » (sic !). Donc en 2020 cinq listes se présentent à vos suffrages ! Quel dynamisme !

En règle générale pour pareille élection les débats sont élevés (« les méchants sont les gros cabinets »). Et surprise, 3 listes (RECIT, Osons Ensemble, Vision d'Experts) outre celle des 2 syndicats patronaux (IFEC et ECF) engagent des débats de fonds (numérique, LAB, formation et diplôme,...) exprimant leur opinion de manière construite et digne. Respectant la controverse et l'Institution, Conseil supérieur, mais au-delà, les élus, bénévoles, de tous bords qui vous représentent, ½uvrent à faire avancer la profession, défendant leurs opinions dans le cadre des sessions et commissions de travail.

Et puis il y a Laurent Benoudiz... qui refuse de siéger au Conseil supérieur et insulte le Président Tandé. Libre à lui, sans doute, mais c'est oublier sa position : celle d'un Président de Région en exercice, tenu de représenter la profession francilienne, de respecter la charte des élus, notre déontologie et l'éthique attendue par sa fonction outre sa profession. La profession n'est pas, espérons, le théâtre des débats entre Trump et Biden. N'offrons pas ce spectacle. Alors que l'attractivité est un sujet de chaque instant pour nos cabinets qui peinent à recruter, quelle image donne-t-on ? Si de tels écrits vous choquent je vous invite à ne pas parcourir Twitter : mensonges, injures, accusations, simplifications grossières, etc. pour diaboliser le camp adverse.

Notre profession mérite bien mieux tant les enjeux, en effet sont importants ! Numérique sans aucun doute, formation certainement et lobbying évidemment. Des travaux ont été engagés, il faut les poursuivre et s'ouvrir aux attentes de la société, s'impliquer dans la RSE. Il faut surtout que ces travaux soient concertés pour être efficaces, et non doublonnés entre la région et l'instance nationale comme cela a été le cas pendant ces dernières années. Pourquoi donc payer deux fois avec nos cotisations le même projet d'envergure nationale pour les franciliens ?

Pour en venir au fond du sujet abordé sur la croissance des cabinets. Une moyenne signifie effectivement des écarts entre les extrêmes, rien de nouveau. Déjà certains consultants intervenant notamment pour le CROEC de Paris Ile de France pointaient dans une étude en 2015 (Les Moulins Eco-Graphie 2015) :

« Sur la période 2007 – 2013  une croissance (très) molle du chiffre d'affaire (...) les performances d'exploitation des cabinets d'expertise comptable ne cessent de s'éroder depuis 2007 ».

Mieux : « La croissance nette des cabinets a été très faible (...) 0,9% en 2010, 0,7% en 2011, 1,1% en 2012 et 2013 » (contre 1,2% /an en moyenne entre 2016 et 2019).

Le phénomène n'est donc pas nouveau et ne date de la politique de tel ou tel Président mais d'un comportement client : « le panier moyen ne cesse de baisser ».

Sans résumer toute l'étude mentionnée ci-dessus, qui alimente un parcours complet vous amenant à plus de performance, proposé au CRO Paris Ile de France, les conclusions étaient que le résultat net sur la période a baissé de 4,7% (déjà ?) et que la taille est un facteur déterminant pour optimiser vos coûts et votre rentabilité. En effet, nous le constatons aussi pour nos clients, la taille est un facteur d'optimisation des coûts. Ce n'est guère une surprise. Et au fil des différents congrès, les outils sont donnés à chacun pour ½uvrer suivant ses volontés : rester indépendant, se spécialiser (car se démarquer est indispensable pour une meilleure rentabilité) car le produit (tenue + déclarations) est de plus en plus standardisé et sa rentabilité baisse au fil des années.

A cet égard, il est toujours utile de rappeler que l'IFEC comporte +600 adhérents sans collaborateurs (368 pour ECF) et ses adhérents emploient 11 salariés en moyenne (23 chez ECF). Au-delà du marketing, la preuve par les chiffres !

Ce n'est pas au Conseil supérieur d'imposer ses vues aux professionnels libéraux ; mais il est de son devoir d'informer et donner les clefs à tous.

A ce titre, les outils, guides et solutions ne manquent pas (en ligne dans votre espace privé et les kits missions nombreux à votre disposition)

Dès dimanche 8 novembre s'ouvre une période de vote de 2 semaines, vous avez le choix en région et au national ! Exprimez-vous.

Alors que Beaumarchais nous invite à accepter la liberté de blâmer, la calomnie relève aussi de ses préceptes... J'ai choisi ma liberté, ma vérité !

Denis Barbarossa
Expert-comptable et commissaire aux comptes