Skwarel, la startup bruxelloise qui veut améliorer la productivité des cabinets français

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La startup belge Skwarel a récemment fait parler d'elle en bouclant une levée de fonds d'un million d'¤. Il est donc indéniable que cette solution, destinée à faciliter la collaboration entre les cabinets et leurs clients, mais aussi entre collaborateurs du cabinet, a séduit les investisseurs. Mais peut-elle convaincre les cabinets français ?

Philippe Denis, fondateur et dirigeant de Skwarel, apporte un regard extérieur sur la profession française, et explique sa stratégie pour la France.

Vous êtes à la fois le cofondateur d'un cabinet d'expertise comptable et d'un éditeur de solution collaborative : pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J'ai démarré mon parcours professionnel en créant une première entreprise qui commercialisait des solutions informatiques, en B2B. J'ai par la suite lancé une offre de formation pour les professionnels et les créateurs d'entreprises, à Bruxelles (Solvay Entrepreneurs). C'est dans ce cadre que j'ai croisé mon associé actuel, Patrice Schellekens, qui était à l'époque comptable dans une grande société en Belgique. Il avait envie de créer son propre cabinet, et j'y voyais une occasion de proposer de nouvelles façons de travailler.

En 2012 nous avons donc lancé Compta Line, avec dès le départ, la volonté de nous démarquer : à l'époque, nous étions le premier cabinet comptable à faire du marketing en Belgique. Cela a fonctionné, puisqu'en moins de 2 ans, et en partant de zéro, nous avons attiré environ 200 clients.

Comment est né Skwarel ? 

En discutant avec Patrice, mon associé, et en l'écoutant parler de son expérience en cabinet, j'ai commencé à imaginer des développements pour accélérer les process, et optimiser la production. Nous sommes réellement partis d'une feuille blanche, en imaginant des fonctionnalités pour simplifier le travail des collaborateurs et apporter plus de valeur ajoutée à nos clients. Et c'est ainsi que progressivement, brique par brique, nous avons développé ce qui est devenu Skwarel aujourd'hui. L'idée était simple : centraliser les flux d'informations gérés par le cabinet (collecte, GED, échanges clients, etc.) au sein d'une même solution, sans changer les outils déjà en place.

En 2015, nous nous sommes demandés si Skwarel pouvait intéresser d'autres cabinets comptables que le nôtre. Après avoir visé en premier lieu le marché wallon (marché francophone belge), nous nous sommes tournés, en 2017 vers la Flandre et le Luxembourg.

L'intérêt d'être associé de ces deux structures distinctes (cabinet et éditeur), c'est de coller aux problématiques des professionnels du chiffre. Nos cycles d'analyse sont réduits, tout simplement parce que nos développeurs et nos collaborateurs comptables se côtoient constamment. Ils travaillent littéralement dans les mêmes bureaux.

Qu'est-ce qui vous a convaincu qu'il existait une place pour Skwarel sur le marché français ?

Depuis la Belgique, les experts-comptables français ont la réputation d'être plus avancés sur le chantier de la transformation numérique. Ceci dit, en analysant les offres des prestataires déjà en place, nous avons retrouvé, globalement, la même offre qu'en Belgique. Notre différenciation se fait sur la proposition d'un « single point of contact » : Skwarel est un outil modulaire qui s'ajoute aux solutions déjà utilisées par le cabinet sans les remplacer.

Cette approche nous a valu un fort intérêt des premiers cabinets français que nous avons contactés, et de Claude Robin en particulier (président et fondateur d'Amarris, avec qui Skwarel a noué un partenariat). Je sentais que nous avions une approche identique du métier, avec une même vision entrepreneuriale.

En termes de fonctionnalité, nous nous différencions entre autres par un système de messagerie innovant, qui permet de poser des questions au client, mais aussi d'échanger au sein du cabinet, entre collaborateurs, afin de réduire le nombre de mails transférés, et d'assurer le suivi des communications. La promesse, c'est que si ce système est utilisé en cours d'année, grâce aux questions suggérées par l'outil, il n'y a plus de points en suspens et de nouvelle question à poser au client à la clôture.

Côté client, dans un environnement distinct, nous proposons également un accès à différents tableaux de bord, mais aussi à la totalité de la comptabilité, voire à la pièce justificative si elle a été associée à l'écriture dans le logiciel comptable du cabinet. Cela pourrait paraître anodin, mais permettre au client d'accéder aux pièces scannées associées aux écritures, c'est lui montrer qu'il tire aussi une valeur ajoutée de la numérisation des documents. Le tout étant également disponible via une application mobile.

L'autre caractéristique majeure de Skwarel, c'est d'être extrêmement ouvert. Nous nous connectons aux solutions existantes, grâce à des connecteurs spécifiques, pour apporter de la valeur ajoutée au collaborateur et au cabinet. Il n'est donc pas nécessaire de changer d'outils métiers pour profiter de la valeur ajoutée de notre solution. En bref, nous faisons tout pour minimiser l'impact du changement.

Des adaptations de votre produit ont-elles été nécessaires avant de vous adresser au marché français ? Si oui lesquelles ?

Cela peut surprendre, mais les différences de plan comptable n'ont pas vraiment été problématiques, parce que d'une part, nous avions déjà dû faire des adaptations pour le Luxembourg, mais aussi parce que Skwarel se base sur le plan comptable utilisé dans chaque dossier.

La principale différence entre la réglementation belge et la réglementation française tient plutôt aux déclarations de TVA. En Belgique, dans la très grande majorité des cas, la TVA est due dès le moment où la facture est émise, alors qu'en France, elle peut être due sur les encaissements. C'est une différence fondamentale qui a nécessité des adaptations significatives de notre solution.

La traduction a été un autre chantier qui nous a beaucoup occupé, les différences de vocabulaire entre la France et la Belgique étant parfois significatives !

Quel regard portez-vous sur la profession comptable française, et sur ses distinctions avec l'exercice professionnel en Belgique ?

En analysant le marché français, j'ai été frappé par le nombre de cabinets comptables disposant de réelles stratégies marketing et commerciales. En Belgique, presque aucun cabinet n'est dans cette démarche, tout simplement parce qu'il n'y a quasiment pas de concurrence entre cabinets. Cela commence à peine, alors qu'en France, la notion de différenciation des cabinets est déjà bien intégrée.

Sinon, les enjeux principaux sont identiques : les experts-comptables des deux pays s'interrogent sur le meilleur moyen de proposer un meilleur service aux clients, et font face, dans le même temps, à une pénurie des talents. L'attractivité de la profession est un vrai sujet, en France comme en Belgique.

Retrouvez Philippe Denis et Skwarel au 75e #CongresOEC du 30 septembre au 02 octobre 2020 :  www.congres.experts-comptables.com

2 pitchs démonstration le mercredi 30/09 de 16h00 à 16h30 et le jeudi 01/10 de 10h00 à 10h30.

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Julien Catanese
Directeur éditoral de Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
Diplômé d'expertise comptable, après 7 ans en tant que rédacteur en chef puis directeur de la rédaction Fiscalistes et experts-comptables chez LexisNexis, je rejoins l'équipe Compta Online en juin 2020.
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