Revue Fiduciaire

Mécénat d'entreprise : spécificités et règles fiscales

Article écrit par (1417 articles)
Modifié le
3 140 lectures
La notion de mécénat et ses conséquences fiscales

Le mécénat d'entreprise permet de bénéficier d'une réduction d'impôt de 60% des versements effectués au cours de l'exercice dans la limite de 0,5% ou 5 pour 1000 du chiffre d'affaires. Cette réduction fiscale, souvent appelée crédit d'impôt mécénat, à tort permet de réduire l'impôt sur les sociétés à payer.

Quelques changements sont prévus pour les clôtures au 31 décembre 2019.

Les entreprises mécènes peuvent être de toutes les tailles et même se regrouper pour bénéficier des avantages fiscaux. L'absence de trésorerie disponible n'est pas un frein au regard des nombreuses possibilités offertes par le dispositif.

Retour sur la conférence « Les chemins du mécénat » organisée par le CROEC de Paris Île-de-France, en partenariat avec ECE.

 

Mécénat : définition et comparaison avec le parrainage

Le mécénat ne doit pas être confondu avec le parrainage, tout simplement parce qu'ils n'emportent pas les mêmes conséquences fiscales et pour l'entreprise.

Le mécénat est un soutien matériel apporté sans contrepartie directe de la part du bénéficiaire, à une œuvre ou à une personne pour l'exercice d'activités présentant un intérêt général. Cette définition officielle est très différente de celle du parrainage.

Le parrainage est un soutien matériel apporté à une organisation, personne, produit ou manifestation en vue d'en retirer un bénéfice direct.

Entre les deux notions, se trouve celle de contrepartie pour le donataire mais cela ne signifie pas qu'il ne peut pas y avoir de contrepartie dans le cadre d'un mécénat.

Sur le plan fiscal, le mécénat est assimilé à un acte de philanthropie alors que le parrainage est une dépense déductible parce qu'elle est engagée dans l'intérêt de l'entreprise, pour promouvoir l'image de la marque par exemple.

 

La contrepartie du mécénat : réduction d'impôt et avantages limités

La première contrepartie du mécénat pour l'entreprise est le crédit d'impôt ou plutôt la réduction d'impôt mécénat puisqu'elle vient diminuer l'impôt payé par l'entreprise sans être remboursable.

Le montant de la réduction est actuellement limité à 60% du montant du don inférieur à 5 pour 1000 du chiffre d'affaire s.

Pour les exercices clos à compter du 31 décembre 2019, un nouveau seuil de 10 000€ de don viendra s'ajouter au seuil de chiffre d'affaires. L'entreprise bénéficiera du plus élevé des deux montants.

À la réduction d'impôt ainsi calculée après réintégration du don dans le résultat fiscal de l'entreprise, s'ajoute la possibilité de bénéficier d'une contrepartie. La valeur des contreparties accordées ne doit simplement pas dépasser le quart du montant du don.

« Au total, l'entreprise bénéficiera ainsi d'un avantage qui peut atteindre 85% de la valeur accordée à une association, une fondation ou tout autre organisme habilité à recevoir des dons » rappelle Laurent Arraousse, expert-comptable et correspondant mécénat auprès du CROEC.

 

Une nouvelle obligation déclarative à compter de 2020

En 2020, les entreprises pour lesquelles les dons effectués dépassent la somme de 10 000€ seront concernées par une nouvelle obligation déclarative. Il s'agit de « déclarer le montant des dons, les noms des bénéficiaires et la valeur des contreparties, matérielle et immatérielles » précise Stéphane Couchoux, avocat

« Avant, il s'agissait plutôt d'une tolérance. Désormais, l'évaluation des contreparties devient un véritable enjeux ».

Pour lui, « la mise en place de convention de mécénat permettra de définir la manière d'évaluer ces contreparties ».

« L'expert-comptable doit donc toujours être en alerte dans la manière dont les conventions de mécénat sont rédigées. Elles doivent être adaptées à l'entreprise » estime à son tour Nora Vartanyan, expert-comptable et élue au CROEC de Paris.

Le risque est la remise en cause de la réduction d'impôt mécénat dans le cadre d'un contrôle fiscal.

 

Les autres formes de mécénat : en nature et culturel

Au-delà de la trésorerie, il est possible d'apporter des moyens à une cause à soutenir. Le mécénat culturel par l'acquisition d'œuvres d'art et de trésors nationaux bénéficie d'un régime spécifique.

La notion de mécénat en nature

Dans de nombreux cas, le mécénat prend la forme d'un don en numéraire au profit d'un organisme d'intérêt général habilité à le recevoir.

Il est également possible de prêter des locaux, de fournir des biens ou encore de réaliser des prestations de services.

Le mécénat de compétences est aussi une possibilité en forte hausse. Il consiste à fournir une prestation gratuite via le travail de ses collaborateurs.

La valorisation de ce don en nature se fait au prix de cession pour les immobilisations et au prix de revient dans les autres cas. « Cela peut donner des idées à un chef d'entreprise réticent parce qu'il n'a pas de trésorerie » rappelle Elsa Vautrain, déléguée au mécénat d'ECE, diplômée d'expertise comptable et administratrice du Théâtre Marigny.

Le don d'un bien ou d'un service au regard de la TVA

La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé un bien ou un service en amont du don à un organisme n'est pas toujours déductible.

Lorsque la TVA a déjà été déduite, c'est le mécanisme de la livraison à soi-même qui permet de la reverser. Dans le cas contraire, elle n'est simplement pas déductible sur les biens mais récupérable sur les services qui ne sont pas utilisés à plus de 90% à des fins étrangères à l'entreprise.

Le mécénat culturel et les dispositions de la Loi Aillagon

Les spécificités du mécénat culturel concernent l'acquisition d'œuvres d'art, le spectacle vivant et les expositions d'art contemporain, les trésors nationaux et la conservation de monuments historiques.

Les acquisitions d'œuvres d'art originales d'artistes vivants et d'instruments de musique permettent à l'entreprise de déduire de leur résultat imposable le cinquième de la valeur de l'immobilisation par exercice, sans prorata, à condition :

  • d'exposer les œuvres dans un lieu accessible au public et/ou aux salariés ;
  • de prêter les instruments de musique à titre gratuit à des interprètes professionnels ou aux étudiants de certains conservatoires et écoles supérieures de musique.

Les trésors nationaux et œuvres d'intérêt patrimonial majeur, acquis au profit d'une collection publique permettent de bénéficier d'une réduction d'impôt de 90% du don, limité à 50% de l'IS dû. 3 conditions doivent être respectées : conserver le bien pendant 10 ans, le placer en dépôt dans un musée de France et consentir à son classement.

Sandra Schmidt

Sandra Schmidt
Rédactrice sur Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
J'interviens sur Compta Online depuis 2007 et j'ai rejoint l'équipe en 2014. Mes articles abordent la comptabilité, la fiscalité, le droit social, les IFRS, mais aussi l'intelligence artificielle, la blockchain...
Suivez moi sur Linkedin et sur Twitter.

Twitter   Facebook   Linkedin

Revue Fiduciaire