Les nouveaux outils comptables améliorent-ils la productivité des experts-comptables ?

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« L'avenir de la profession ne se joue pas dans sa capacité à défendre ou non sa prérogative, mais surtout dans sa capacité à intégrer toutes les technologies permettant d'améliorer le traitement (en TEMPS et en QUALITÉ) des données au service des clients ! »

Avant d'avoir lu ce tweet de Pierrick Chauvin, expert-comptable du cabinet AFIGEC Vice-président CJEC IDF 2019 Président ANECS IDF 2017, j'hésitais à partager mes réflexions à la suite de la période fiscale 2019/2020. Celle-ci fut certainement la pire que la profession ait vécu.

Une situation face à laquelle les experts-comptables ont réagi de façon exemplaire. Ce qui suit n'est donc en aucune manière un jugement et encore moins une critique (et d'ailleurs de quel droit, à quel titre ?).

La décision légitime de décaler le dépôt des déclarations fiscales m'a amené à m'interroger sur les délais dans lesquels la profession les établissait dans des conditions normales. En effet, les très nombreux « nouveaux outils » mis à disposition des experts-comptables ne devraient-ils pas contribuer à réduire de façon significative la durée de la période fiscale (hors déclarations IR) ?

« X... permet de supprimer la saisie manuelle et d'économiser 50% du temps passé sur la tenue »

« Y... facilite la comptabilité des start-ups, TPE et PME grâce à la collecte des factures et notes de frais »

« Z... vous permet d'automatiser votre production comptable »

« néobanque W..., compte pro des entrepreneurs et qui simplifie la vie des experts-comptables »

« la solution V... permet d'automatiser le lettrage de vos comptes de tiers »

« le logiciel M... automatise votre rapprochement bancaire » etc, etc...

Malgré tout il semblerait que seulement 10% des déclarations fiscales professionnelles soient déposées le 31 mars.

Les statistiques sur les dates d'envoi des déclarations fiscales consultées auprès de trois sources (confidentielles) différentes, représentant plus de 2 300 000 déclarations concordent parfaitement. A titre d'illustration, voici les données BIC issues de l'OMG France Gestion, dont je suis le vice-président :

Ni jugement, ni critique donc mais seulement des questions :

  • Pourquoi si peu d'impact des nouveaux outils sur la production ?
  • Comment envisager développer de nouvelles missions si la profession est « bloquée » pendant 6 mois (avant les vacances !) avec les déclarations sociales, les déclarations fiscales, le secrétariat juridique et ce qui reste des commissariats aux comptes ?

Première responsable citée : l'administration fiscale. Les imprimés fiscaux du bon millésime sont connus tardivement. Il conviendrait donc de les mettre à disposition des experts-comptables au plus tard le 31 janvier.

Deuxième responsable : le client. Profitant des délais accordés par l'administration fiscale, il attendrait le dernier moment pour fournir LE document manquant.

Depuis des années rien ne change...

Alors pourquoi les nouveaux outils n'ont-ils pas modifié la situation ? Osons quelques réponses :

  • les outils ne sont pas connus des experts-comptables ;
  • les outils ne sont pas encore suffisamment en place dans les cabinets (n'ont pas séduit ?) ;
  • les outils ne sont pas connus des clients ;
  • les outils ne sont pas acceptés par les clients (réponses de collaborateurs en charge des TPE et des professionnels de santé) ;
  • les outils sont insuffisamment ou mal utilisés par les clients ;
  • la multiplicité des outils et le principe des « briques » désorientent les experts-comptables ;
  • l'organisation des cabinets n'est pas adaptée pour bénéficier pleinement des avantages de ces outils innovants.

Une démarche partiellement commune regroupant communication, information, formation, s'adressant au triptyque client, expert-comptable, éditeur devrait se substituer à la méthode « dispersée » actuelle qui semble montrer ses limites.

L'amélioration du délai de production des informations comptables, financières, de gestion, fiscales et sociales est indispensable d'une part, pour envisager le développement de nouvelles missions et d'autre part pour développer des projets d'exploitation des données (data) des experts-comptables et de leurs clients.

Encore une leçon que nous aura apportée le Covid-19 !

Vous êtes expert-comptable, éditeur ou client, France Gestion vous propose d'y réfléchir ensemble (contact via le compte Twitter en MP ou sur Linkedin)


 

Serge Heripel est expert-comptable retraité et vice-président de l'organisme mixte de gestion agréé France Gestion.