Le soutien des banques confronté à la réalité de la crise sanitaire

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Modifié le 02/04/2020
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Le gouvernement l'annonce clairement dans sa FAQ :

« Les banques s'engagent à examiner toutes les demandes qui leur seront adressées et à leur donner une réponse rapide. Elles s'engagent à distribuer massivement, à prix coûtant, les prêts garantis par l'État pour soulager sans délai la trésorerie des entreprises et des professionnels ».

« Les banques françaises se sont engagées à reporter jusqu'à 6 mois le remboursement de crédits des entreprises, sans frais ».

Les banquiers, comme les agents de l'administration, de la DGFIP, de l'URSSAF, des DIRECCTES, les experts-comptables et leurs collaborateurs, sont tous confrontés à la même réalité :

  • un océan d'informations et de documents à ingérer chaque jour, de toutes catégories, en provenance de multiples sources ;
  • des informations très changeantes et parfois qui se contredisent ;
  • une importante masse de travaux exceptionnels sur une durée extrêmement courte ;
  • très peu voire aucun délai supplémentaire pour les travaux courants ;
  • des mesures annoncées au journal de 20 heures, avant même que les décrets soient publiés ou même préparés ;
  • des clients qui nous appellent sans cesse pour nous demander s'ils ont droit à telle ou telle mesure, si on fait bien le travail, si on l'a fait, si on est certain qu'ils n'ont pas droit également à ceci ou cela...

Le 24 mars 2020, dans un article sur LinkedIn intitulé « Je vais dire à mon client », je préconisais de se concentrer sur les sources de cash mobilisables immédiatement, à très court terme, en contactant son banquier. Bien entendu, en tant qu'expert-comptable, nous accompagnons nos clients au mieux pour leur faire bénéficier des mesures qui leur sont proposées : aide 1 500¤, chômage partiel, report de cotisations sociales, aides financières de l'URSSAF, et les informons des autres mesures et comment les actionner.

Mais en tout premier, se concentrer sur la trésorerie. Le cash, ce fameux nerf de la guerre, n'est-ce pas ? Donc, on appelle son banquier.

Or dans les faits, nous nous sommes tous vite rendu compte que ce n'était pas aussi simple.

Car un banquier, ça reste un être humain, avec sa compréhension des mesures qui parfois lui est propre. Une banque, ça reste une entreprise, qui doit adapter ses plannings, ses process, ses « tunnels ». Et créer un nouveau tunnel ou un nouveau process dans une banque, on s'en est tous aperçu ces derniers jours, ça ne prend pas 24 heures.

Nous avons tous obtenu ce type de réponses :

  • « Nous ne sommes pas encore prêts pour le Prêt Garanti par l'État, revenez vers nous la semaine prochaine » ;
  • « Non, reporter le leasing ce n'est pas possible, en fait c'est une LLD, c'est donc une location et non pas un crédit, donc cela ne rentre pas dans les demandes de l'État » ;
  • « Non, rejeter les cotisations sociales ou les impôts c'est impossible, nous avons eu des directives du Ministère nous enjoignant à ne surtout pas le faire » ;
  • « Vous voulez rejeter des prélèvements fiscaux ou sociaux ? D'accord, mais il va falloir nous signer une décharge de deux pages ou vous comprenez bien que vous vous exposez à des sanctions financières, des pénalités, diverses et variées, et nous n'en serons pas responsables » ;
  • « Un crédit ? Maintenant ? Impossible, tout est gelé avec tout ce qui se passe » ;
  • « Un prêt ? Pas de souci. Nous aurons besoin d'un prévisionnel, du bilan, d'attestations de votre expert-comptable, ... ».

Le message que je souhaite faire passer aux TPE et experts-comptables aujourd'hui n'est nullement une critique envers le secteur bancaire. Mais plutôt une recommandation de process en cas de retour négatif d'un établissement bancaire :

1- Mettre en contact le banquier et l'expert-comptable. On se comprend généralement bien entre professionnels du chiffre et banquiers.

2- Examiner les points de blocage et améliorer la compréhension du dossier, et ainsi faciliter son traitement et tenter d'obtenir ce qui est essentiel pour l'entreprise : des rentrées d'argent à court terme par un prêt garanti par l'État, le report de tout ce qui peut être reporté et qui n'est pas essentiel à court terme pour la survie de l'entreprise les prochains mois (et ce en veillant à continuer à régler ses fournisseurs, partenaires de l'entreprise. Il n'est pas question de bloquer l'économie).

3- Recourir si besoin au directeur de l'agence, ou au responsable régional le cas échéant.

4- En cas de difficultés avérées, contacter :

  • son Conseil Régional de l'Ordre des Experts-comptables pour faire remonter l'information que telle ou telle banque ne jouerait pas le jeu. Nos instances travaillent d'arrache-pied pour faciliter nos démarches ;
  • le médiateur du crédit. Une procédure accélérée a été mise en place dans le cadre de la crise COVID-19.

Les banquiers ont déjà été remerciées par le ministre de l'Economie, les assureurs, la BCE. Même Printemps a reçu un remerciement personnel de la part du Ministre. Nous n'attendrons pas d'être remercié pour aider nos clients et éviter la faillite.

C'est certes dans l'ombre que nous aiderons notre Président de la République à respecter autant que possible ses propos du 16 mars 2020 : « Aucune entreprise, quelle que soit sa taille, ne sera livrée au risque de la faillite ».

Mais ce n'est pas grave. Car la personne pour laquelle nous travaillons finalement, ce n'est ni notre Président, ni notre Ministre, ni la DGFIP ou l'URSSAF. Ce sont nos clients. Leur survie sera notre remerciement.


Romain Froment, expert-comptable au sein du cabinet ACC à Saint-Raphaël