La RSE : levier de performance durable pour les PME

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Modifié le 20/10/2015
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La responsabilité sociétale de l'entreprise « RSE » est une extension de la notion de responsabilité sociale des entreprises à l'ensemble des externalités négatives des activités humaines sur la globalité de leur environnement. L'objectif central de la RSE est bien de se constituer en levier fondamental pour le développement durable.

Dans l'article précédent, nous avons revu l'évolution des cadres réglementaires de la RSE et mis en évidence deux constats : l'élargissement grandissant des entreprises concernées par ces exigences et l'accroissement desdites exigences.

Depuis la loi dite Grenelle II [1] – portant engagement national pour l'environnement –, les grands donneurs d'ordres n'ont cessé de « responsabiliser » leurs politiques d'achats et de contrats de sous-traitance auprès des PME. Ces dernières sont ainsi sensibilisées à la démarche RSE, prennent conscience de son importance et engagent les premières initiatives dans ce sens.

Démarche jusqu'ici volontaire, l'intégration de la RSE par les PME peut devenir obligatoire d'ici quelques années.

Cette intégration présente autant de défis que d'opportunités aussi bien pour ces entreprises – souvent considérées comme l'épine dorsale de l'économie européenne [2] – que pour ceux dont le métier est de les accompagner dans cette direction. A ce tire, il est judicieux de rappeler qu'en 2010, les PME françaises représentent 99,9 % de l'ensemble des entreprises, 52 % de l'emploi salarié total, 38 % du chiffre d'affaires, 49 % de la valeur ajoutée globale, 43 % de l'investissement et 18 %  de la valeur des exportations [3].

Les PME de plus en plus concernées



Les exigences des donneurs d'ordre

Une étude menée en février 2013 par l'observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises (ORSE) en partenariat avec le Medef est édifiante [4]. Elle a porté sur les questionnaires RSE adressés par les donneurs d'ordre à leurs fournisseurs et a révélé que les grands groupes sont de plus en plus exigeants sur la traçabilité de leur chaine de production et de distribution.

Jusqu'à présent, ces questionnaires qui s'appuient sur les grands référentiels RSE – ISO 26000, principes directeurs de l'OCDE ou Pacte Mondial- relèvent plutôt de l'autodiagnostic, sans conséquence notoire sur le référencement des fournisseurs. Mais à l'heure où l'éthique des affaires devient l'un des enjeux clés du volet sociétal de la RSE, les exigences de ces grands donneurs d'ordre tendent à se durcir. Car la réglementation et plus précisément le décret 225 du Grenelle 2,  demande  aux  grandes  entreprises  de  prendre  en  compte  l'impact  social et environnemental de leurs activités de manière directe mais aussi indirecte, c'est-à-dire intégrant clients, fournisseurs et partenaires. Pour anticiper les risques potentiels liés aux mauvaises pratiques environnementales et sociales de leurs fournisseurs, les acteurs publics et privés élaborent des questionnaires de plus en plus pointus et précis assortis de demandes de justificatifs (code de conduite, politique DD, mise en place d'indicateurs). La PME qui n'a pas adopté une démarche RSE aura bien du mal à se justifier et à terme sera fragilisée par rapport à ses concurrents : « Le donneur d'ordre met parfois en place des points éliminatoires qui ont comme conséquence le non référencement du fournisseur (par exemple ne pas répondre à certaines questions, ne pas présenter une certaine certification, ne pas avoir d'éléments justificatifs,...) » rappelle L'ORSE.

Les exigences des fonds d'investissement en capital

Les investisseurs et prêteurs manifestent des intérêts grandissants pour les critères Environnemental, Social et de Gouvernance (ESG) dans leurs choix d'investissement et de placements financiers.

En novembre 2008, une enquête annuelle réalisée conjointement par Novethic [5] et BNP Investment Partners a montré que 71% des investisseurs institutionnels interrogés en France considèrent que la stratégie Environnementale, Sociale et de Gouvernance (ESG) des entreprises dont ils sont actionnaires relève de leurs propres responsabilités. En effet, « de plus en plus d'investisseurs institutionnels mettent en ½uvre des initiatives en ligne avec les recommandations des Principes pour l'Investissement Responsable (PIR), ou destinés à se prémunir de risques de réputation comme les violations de droits de l'homme, voire de risques extra financiers incontournables à l'instar du changement climatique » [6].

L'enquête annuelle publiée en avril 2014 et menée par Novetich sur l'évolution du marché de l'investissement socialement responsable et a mis en évidence que ce dernier est passé de 3,9 milliards d'euros à 169,7 milliards d'euros entre 2003 et 2013.

Les tendances RSE chez les PME

Le baromètre RSE chez les PME en 2013- étude effectuée par l'observatoire des achats responsables (ObsAR), la chambre de commerce et d'industrie de France (CCI), la Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises (CGPME) et la Médiation Inter-Entreprises , a confirmé le fait que les PME sont conscientes que la RSE et les achats responsables sont un véritable levier de compétitivité et de motivation des salariés. Le principal moteur d'une démarche RSE se trouve bel et bien au c½ur de la vision personnelle stratégique du chef d'entreprise.

A l'occasion de cette enquête annuelle, trois cents treize PME sur toute la France ont répondu et se sont exprimées sur leurs perception de la RSE et actions engagées, les motifs de leur engagement RSE et les freins à cet engagement. Les résultats furent comme suit.

La perception de la RSE

Cent vingt-cinq entreprises sur les trois cents treize PME interrogées, affirment être conscients des enjeux de la RSE, mais n'ont pas encore engagé d'action.

Perception de la RSE

Vous n'avez jamais entendu parler de RSE

17,19%

Vous avez entendu parler de la RSE, mais ce n'est pas une priorité dans votre entreprise

21,40%

Vous êtes conscient des enjeux de la RSE, mais n'avez pas encore engagé d'action dans ce sens

33,90%

Vous avez engagé une démarche claire de RSE

26,80%

Source : Baromètre RSE chez les PME 2013

Le classement des actions RSE engagées

L'action RSE la plus engagée par les entreprises interrogées (~70%) étant d'améliorer les conditions de travail et celle sur laquelle portent les projets RSE de ces entreprises est d'avoir une démarche d'achats responsables (~ 35%).

Classement des actions RSE engagées

 

En cours

En projet

Améliorer les conditions de travail (santé et sécurité...) et le dialogue social

66,80%

29,10%

Réduire l'impact environnemental de votre activité (déchets, eau, énergie, rejets dans l'air,...)

62,90%

32,60%

Développer un dialogue avec vos parties prenantes (clients, fournisseurs, citoyens, pouvoirs publics, ...)

58,10%

30,40%

Motiver / fidéliser vos collaborateurs (intéressement...)

52,4

33,50%

Promouvoir l'égalité des chances (égalité hommes/femmes, handicap, diversité...)

48,20%

25,20%

Avoir une démarche d'achats responsables (intégration de critères environnementaux, sociaux, ...)

48,20%

34,80%

Mettre en place une politique de gestion des compétences

44,40%

31,30%

Engager une démarche de certification / évaluation / labellisation

42,20%

30%

Réduire l'impact environnemental de vos produits et/ou services

40,60%

29,40%

Revoir les modes de gouvernance dans votre entreprise

19,50%

20,10%

Source : Baromètre RSE chez les PME 2013

Les freins à l'engagement d'une démarche RSE

Au titre de l'engagement d'une démarche RSE, le principal frein invoqué est le manque de temps pour y souscrire et le caractère non prioritaire de la démarche pour l'entreprise.

Les freins à l'engagement RSE

Vous n'avez pas le temps, ce n'est pas une priorité

35,80%

Vous manquez de budget pour faire de la RSE

32,60%

Vous manquez de compétences en interne pour vous accompagner dans cette démarche

24,60%

Vous pensez que votre entreprise est trop petite

23,30%

Il n'y pas de demande de vos clients et de vos marchés

22,70%

Il manque une culture partagée sur ce sujet dans votre entreprise

18,80%

Vous ne voyez pas ce que la RSE peut apporter à votre entreprise

11,20%

Autre

8,00%

Source : Baromètre RSE chez les PME 2013

Les leviers de l'engagement d'une démarche RSE

Les PME répondant à l'enquête s'engagent dans la RSE pour les raisons ci-après.

Les leviers de l'engagement RSE

La démarche s'inscrit dans la vision personnelle stratégique du chef d'entreprise

41,50%

Elle peut leur apporter un avantage « image » sur le plan commercial

36,10%

Elle leur permet de mobiliser leurs salariés autour d'un projet commun

35,50%

Elle peut améliorer leur compétitivité par rapport aux offres de leurs concurrents

29,70%

Elle leur permet de s'assurer du respect de la réglementation

28,80%

C'est une attente de leurs clients

19,20%

Elle a permis d'augmenter leur chiffre d'affaires et / ou leur part de marché

17,90%

Elle leur a permis de réaliser des économies en termes de coût de production

16,60%

Elle leur a permis de nouer des partenariats locaux (collectivités...)

16,60%

Elle leur a permis d'attirer de nouveaux investisseurs ou d'obtenir plus facilement des garanties ou des financements

7%

Source : Baromètre RSE chez les PME 2013

En résumé, cette enquête confirme que les PME sont conscientes que la RSE et les achats responsables constituent un véritable levier de compétitivité et de motivation des salariés. Le moteur principal d'une démarche RSE étant la vision personnelle stratégique du chef d'entreprise.

Les enjeux de la RSE pour les PME

Bien que les PME aient une appétence naturelle pour les sujets de RSE, elles manquent de ressources internes pour accroître leur performance dans ces domaines.

La cinquième proposition du rapport public au gouvernement sur la responsabilité et performance des organisations publié en juin 2013 est formulée comme suit : « permettre aux PME de mieux s'impliquer dans la recherche d'une performance globale en mettant à leur disposition des outils d'aides à la décision » [7]. Elle répond au problème ci-après, constaté par les auteurs du  « développement volontaire de la RSE ».

Des investissements matériels et immatériels importants

D'une manière générale, une démarche RSE nécessite des investissements matériels et immatériels importants. À la différence des grandes entreprises dotées de services ad hoc (DRH, direction financière etc.), les PME redoutent de devoir consacrer du temps et des moyens à cette démarche dont elles ne perçoivent pas immédiatement la contrepartie en retour.

En effet, le baromètre RSE chez les PME en 2013 (cf. section précédente. Paragraphe 3. Les tendances RSE chez les PME) fait ressortir que le principal frein à l'engagement d'une démarche RSE est le manque de temps (pour ~36% d'entre elles) et le manque de budget (pour~34%).

Le dernier baromètre Generali/CSA 2013 [8]- enquête réalisée auprès de 400 dirigeants de PME- confirme cette tendance. Le principal obstacle est de nature financière : un dirigeant sur deux considère que le manque de moyens financiers et/ou le coût de la mise en place représentent un frein considérable au développement de ces mesures. En outre, un sur trois n'observe pas de retour tangible sur investissement. Tandis qu'un tiers évoque également le manque de temps et 37 % le fait d'avoir dû gérer durant ces dernières années des questions qui leur semblaient plus prioritaires.

Par conséquent, le manque de ressources financières est perçu comme l'un des principaux freins à l'engagement des PME en matière de RSE. Leurs moyens financiers sont nettement inférieurs à ceux des grandes entreprises : l'actionnariat concerté et stable est parfois synonyme d'une capacité d'investissement limitée et le recours au crédit bancaire présente davantage d'opportunités pour les grandes entreprises qui offrent de meilleures garanties.

Des changements organisationnels et stratégiques profonds

La mise en place d'une démarche RSE s'insère dans les choix stratégiques de l'entreprise. Il s'agit d'entreprendre de profondes réorganisations de sa stratégie et parfois de son mode de produire, de distribution et de communication. Les PME sont demandeuses d'expériences et des méthodes tenant lieu de modèle de réussite de RSE mais elles se heurtent à la dispersion des informations, d'une part ; et, à la compatibilité de celles-ci avec les seules grandes entreprises d'autre part.

Les opportunités de la RSE pour les PME

Mettre en place une politique RSE au sein d'une entreprise relève d'une démarche de création de valeur, notamment pour toutes ses parties prenantes grâce à l'étendue de sa sphère d'influence sur celles-ci. Et, c'est à travers les opportunités développées ci-après qu'elle constitue un pilier de performance.

Optimisation de la consommation des ressources et de l'énergie

La RSE est très souvent facteur de réduction des coûts grâce aux économies de ressources qu'elle permet de réaliser. Par exemple, si l'on diminue les consommations d'énergie ou d'eau des bâtiments, des machines, des moyens de transports par une gestion plus efficace, on diminuera automatiquement les charges.

Modernisation et innovation du fonctionnement de l'entreprise

La RSE est aussi un facteur de modernisation et d'innovation qu'elle soit technologique, managériale ou sociale. Elle incite progressivement à revisiter et à adapter le fonctionnement et l'organisation de l'entreprise ainsi que la façon de concevoir et de fabriquer les produits et les services. Ainsi l'entreprise s'adapte à une demande croissante de ses clients et consommateurs, modifie son image de marque et peut donc gagner de nouveaux marchés.

Meilleure maîtrise des risques

La RSE permet à l'entreprise de maîtriser plus efficacement ses risques, qu'ils soient environnementaux, juridiques, financiers, sociaux ou d'image. Ce qui rassure les investisseurs et les différents partenaires financiers. En accompagnant les fournisseurs dans ce type de démarche, l'on sécurise aussi la chaîne d'approvisionnement.

A cet effet, la réduction et la prévention des risques et l'amélioration de l'image sont considérées comme des motivations importantes par sept dirigeants sur dix [9].

Avantage concurrentiel face aux donneurs d'ordre

Quand une PME fournit un grand donneur d'ordre qui aura lui-même développé une démarche responsable. Ce dernier en fera un critère de choix.

Stratégie de différenciation de l'offre

Une démarche RSE permet de trouver de nouveaux clients qui adhèrent à cette nouvelle façon de faire tout en conservant les anciens dont la satisfaction augmente d'autant plus qu'ils prennent conscience que les produits et des services sont plus respectueux de l'environnement et plus « responsables ». En effet, un sur deux des chefs d'entreprise interrogés considère que la mise en place de telles actions favorise la compétitivité en permettant de se démarquer de la concurrence [10].

Stratégie de différenciation de recrutement

C'est aussi un avantage différenciant dans les opérations de recrutement de nouveaux collaborateurs, notamment pour les jeunes qui considèrent de plus en plus la démarche de responsabilité sociétale d'une entreprise comme un facteur de choix déterminant à niveau de salaire égal. L'entreprise qui veut recruter les meilleurs dispose ici d'un argument de poids.

Meilleure cohésion sociale et sociétale

La RSE va aussi rapprocher l'entreprise de ses collaborateurs et les motiver car elle répond à leurs attentes grandissantes en tant que citoyens, notamment sur les questions environnementales et sociales. Une démarche RSE participe au renforcement de la cohésion au sein de l'entreprise. C'est également une réponse à la crise de confiance actuelle à l'égard du capitalisme et sa capacité de gouvernance. Ainsi, la RSE redonne du sens au travail de chacun.

L'autre intérêt de la RSE est de rapprocher l'entreprise des territoires sur lesquels elle développe ses activités surtout quand ces derniers sont déjà eux-mêmes engagés dans des projets d'actions développement durable à la réussite desquels l'entreprise peut prendre part directement ou indirectement. Le renforcement de l'insertion d'une entreprise dans son tissu économique local conditionne souvent son « permis social d'exploiter ».

Conclusion

Bien que l'intégration de la RSE soit de plus en plus perceptible chez les PME, elle est loin d'être généralisée. Car même si un travail pédagogique a été entamé, beaucoup reste à faire en vue de simplifier une démarche qui présente bien des complexités.

Une démarche RSE appropriée et convenablement communiquée aux différentes parties prenantes de l'entreprise constitue dorénavant un avantage concurrentiel et conséquemment un levier de performance durable.

Se référer à une norme pour mettre en place une telle démarche est une marque d'un professionnalisme engagé et responsable.

[1] Loi N° 2010-788 du 12 juillet 2010.

[2] Le tableau de bord trimestriel des PME. 1er trimestre 2013. Direction générale de la compétitivité, de l'industrie et des services, page 4.

[3] Annexe au projet de loi de finances pour 2010. Effort financier de l'état en faveur des petites et moyennes entreprises, page 135.

[4] Questionnaires RSE adressés par les donneurs d'ordre à leurs fournisseurs. Pratiques des entreprises dans le domaine des achats responsables. Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises. Etude réalisée en collaboration avec le MEDEF - Février 2013.

[5] Novethic est un organisme à but non lucratif, créé en 2001 et financé par la Caisse des Dépôts. Il est à la fois média et centre de recherche sur l'Investissement Socialement Responsable et la Responsabilité Sociale des Entreprises.

[6] L'ISR, une approche d'investissement socialement responsable et durable, Asset Management Dexia, janvier 2011, page 15, 26 pages.

[7] Rapport public au Gouvernement. Responsabilité et performance des organisations. 20 propositions pour renforcer la démarche de responsabilité sociale des entreprises (RSE), Co-rapporteurs : Michaël FRIBOURG, Inspecteur des finances, Christian LENOIR, Inspecteur général des affaires sociales et Jean-Paul LE DIVENAH Inspecteur général de l'administration du développement durable, assistés de Claire Bataille, juin 2013, page 19.

[8] [9] [10] Baromètre Generali-CSA : les décideurs face aux nouveaux défis de la société. 3ème édition

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Faten Saidi
Expert-Comptable
Commissaire aux comptes
Membre du club de développement durable du Conseil Supérieur de l'Ordre des Experts-Comptables (CSOEC).