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Interview de Lionel Canesi, nouveau président du CSOEC

#ElectionsCSOEC Lionel Canesi détaille les priorités de sa mandature
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Publié le
Modifié le 15/12/2020
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Tête de liste ECF-Fier d'être expert-comptable, Lionel Canesi vient d'être élu président du Conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables (CSOEC). Il exercera un mandat de 2 ans, avant de laisser la place à Jean-Luc Flabeau en 2023.

Quels seront les grands axes de votre mandature ? 

Le résultat de ces élections n'est pas un aboutissement en soi. C'est le préalable à l'exécution du projet pour lequel nous avons reçu un mandat clair de nos cons½urs et confrères. Ce projet est construit autour d'une conviction : l'expert-comptable est au c½ur de l'économie, et nous devons valoriser ce rôle essentiel. La crise sanitaire a démontré au grand public notre utilité, mais il nous faut aller encore plus loin pour expliquer ce que nous sommes, tout particulièrement en période de préparation de la relance.

Les priorités de ma mandature sont celles inscrites dans notre programme : reconnaissance de la profession, formation et numérique. Pour avancer dans ces domaines, j'ai la chance d'avoir autour de moi une équipe exceptionnelle, avec des élus d'expérience, engagés, qui veulent faire avancer les choses. C'est essentiel, car nous allons avancer sur ces 3 priorités en même temps. Trop de temps a été perdu ces dernières années. Il va donc falloir courir un marathon à l'allure d'un sprint, taper vite et fort pour rattraper ce retard.

Bien sûr, cela ne sera pas toujours simple, j'en suis conscient. Tous les sujets ne dépendent pas de notre seule volonté, et il nous faudra convaincre, nous battre, pour défendre la profession. Mais nous ne renoncerons pas. Nos cons½urs et confrères peuvent comprendre que l'institution ne gagne pas toutes les batailles, pas qu'elle refuse le combat.

 

Envisagez-vous de revoir l'organisation du Conseil supérieur ? 

Nous sommes en train de réaliser un état des lieux, il est donc trop tôt pour le dire. Je peux toutefois vous annoncer quelques changements :

  • le secteur « régalien » deviendra le secteur « valorisation et adaptation de la réglementation professionnelle » ;
  • le secteur « marchés de la profession » prendra le nom « une profession au c½ur de l'économie » ;
  • le secteur « formation » sera renommé « valorisation et adaptation des compétences ».

Nous créerons par ailleurs le poste de directeur du numérique, qui n'existait pas jusqu'alors. Le numérique est un enjeu majeur pour la profession, et nous devons disposer d'une véritable cellule dédiée.

 

Vous souhaitez faire de la reconnaissance de la profession votre priorité absolue en matière de lobbying. Comment comptez-vous avancer sur ce sujet ? 

Notre action démarrera dès demain matin, ce mercredi 16 décembre à 8h30, par une conférence de presse nationale. Je présenterai mon équipe, et les grands axes de la mandature qui s'ouvre. Mais pas seulement. Les instances ont trop parlé d'elles-mêmes ces dernières années. Ce qui intéresse la presse économique, le grand public, ce sont plutôt nos clients, l'état de santé des entreprises et le niveau de confiance de leurs dirigeants, la survie des TPE/PME, ou les conditions de la relance à venir.

Aucun pays dans le monde n'atteint le niveau d'aide aux entreprises que nous connaissons en France. C'est une chance, et il faut le reconnaître. Mais notre rôle est aussi de faire de la pédagogie auprès des pouvoirs publics pour améliorer ces dispositifs, en expliquant, à partir de nos retours terrain, qu'ils sont parfois trop complexes, ou qu'ils peuvent être complétés. C'est pourquoi je veux notamment relancer mon idée de dispositif d'indemnisation partielle du dirigeant, calquée sur l'indemnité partielle des salariés.

En étant force de propositions, nous démontrerons à l'exécutif qu'il est indispensable de nous consulter en amont des projets de loi relatifs aux entreprises, et plus seulement au moment de leur application. Notre légitimité est fondée sur notre utilité au marché.

 

Justement, vous évoquez la crise sanitaire et la situation économique des entreprises. Souhaitez-vous lancer de nouvelles actions dans ce domaine ? 

Du 17 décembre prochain au 10 janvier 2021, nous lancerons une grande enquête auprès de nos cons½urs et confrères pour qu'ils nous fassent part de leurs idées en faveur des entreprises, pour les aider à faire face à la crise sanitaire que nous connaissons et à aborder au mieux la relance qui s'annonce. Tous les domaines pourront être abordés : fiscal, social, comptable, économie sociale et solidaire, secteurs d'activité particuliers, outre-mer, etc.

L'objectif est de constituer un livre blanc qui liste les propositions de la profession, et qui nous servira à la fois auprès des médias et des pouvoirs publics. Chaque rendez-vous au sein des ministères doit servir à porter des propositions concrètes.

 

La formation est une de vos grandes priorités. Quel est votre plan dans ce domaine, et selon quel calendrier ? 

Nous allons très rapidement mettre en place un groupe de travail spécifique au sein de la commission formation initiale. Ce groupe devra inclure des personnes extérieures à la profession, avec une vision différente, pour enrichir notre réflexion. L'objectif est clair : définir les profils des collaborateurs des dix prochaines années, les compétences attendues et donc les cursus à développer.

Je souhaite que ce travail d'analyse soit achevé en 2021, pour que nous puissions mettre en place des parcours de formations adaptés dès 2022, avec une campagne de communication grand public et un message simple : notre profession recrute, sur des postes attractifs.

 

Quelles sont les premières actions prévues autour de votre autre grande priorité : l'indépendance numérique de la profession ?

Nous démarrons immédiatement le grand chantier de création de la plateforme d'archivage de la profession qui nous permettra de disposer d'une base de données incomparable sur le marché, mais aussi de rendre des services aux cons½urs et confrères.

Je souhaite par ailleurs que nous mettions rapidement en place le fonds d'investissement dans le numérique de la profession, pour entrer au capital de start-ups prometteuses qui deviendront les éditeurs de demain. Pourquoi ? Tout simplement pour prendre en main notre destin en termes d'outils. A mon sens, il y a trop peu d'éditeurs, trop de concentration, et donc pas assez de concurrence. Il y a donc un certain retard technologique dans les outils mis à disposition de la profession, qui peut parfois se sentir pieds et poings liés.

Le projet d'indépendance numérique que nous portons vise à créer une saine émulation, mais aussi à mettre les éditeurs devant leurs responsabilités. La concentration du marché entre les mains de fonds d'investissements, qui ont le plus souvent une vision financière à court terme, ne sert pas nos intérêts. C'est donc le rôle de l'institution de faire bouger les choses. Mais soyons clairs : je ne m'oppose pas aux éditeurs, et croire que l'Ordre peut s'y substituer relève de l'utopie.

 

Dans un rapport publié récemment, l'administration fiscale a dévoilé sa stratégie en matière de généralisation de la facturation électronique. Quel doit être le positionnement de l'Ordre dans le schéma envisagé ? 

Tout d'abord, je tiens à souligner que le rapport de la DGFiP prévoit la possibilité de recourir à des plateformes privées. Le modèle avec une plateforme publique unique n'a pas été retenu, et c'est une bonne nouvelle.

A mon sens, jefacture.com doit être le concentrateur des factures électroniques des experts-comptables et de leurs clients. Si nous voulons jouer ce rôle central, il nous faudra donc ouvrir des discussions avec les éditeurs, pour qu'ils s'engagent à faire passer leurs factures via le portail de la profession.

L'enjeu est de taille : offrir à nos cons½urs et confrères un accès plus rapide à ces données, pour être plus efficaces, et plus utiles à nos clients. C'est essentiel dans une période où il va falloir accompagner la relance de l'économie. Le gouvernement doit aussi comprendre que notre accès à ces données relève de l'intérêt général.

 

Les modalités d'application de la réglementation anti-blanchiment ont fait l'objet de nombreux débats pendant la campagne. Comment comptez-vous concilier simplification des obligations et réponse aux contrôles en cours du GAFI, au niveau national ?

Pour commencer, nous avons eu la surprise de voir publié un arrêté modifiant le règlement intérieur de l'Ordre le 25 novembre dernier, soit 2 jours après les élections, avec une entrée en vigueur le 14 décembre, soit un jour avant la passation de pouvoir. Ce texte, qui s'impose évidemment à nous, sanctuarise le régime LAB tel qu'il a été imaginé par la précédente mandature.

Toutefois, et conformément à nos engagements, nous allons mener plusieurs actions :

  • analyser juridiquement ce texte pour estimer nos marges de man½uvre dans le sens d'une simplification des obligations dans l'intérêt de nos cons½urs et confrères ; 
  • lancer les travaux visant à doter la profession d'outils d'analyse automatisés autour de la future plateforme numérique ; 
  • démontrer au gouvernement que les simplifications que nous envisageons sont en adéquation avec la volonté de lutter contre le blanchiment. L'administration fiscale utilise le data mining pour cibler ses contrôles fiscaux. Pourquoi n'arriverions nous pas à convaincre les pouvoirs publics de faire la même chose en matière de lutte anti-blanchiment ?

 

Le projet de loi de finances 2021 remet en question l'existence des organismes de gestion agréés (OGA), en supprimant la majoration de 25%. Quelle est votre position sur ce sujet ?

Pour être tout à fait franc, je ne suis pas contre les OGA, et le statu quo, qui prévoit une majoration de 25% en l'absence d'adhésion à ces organismes, me convient tout à fait. Par contre, je regrette la position de l'institution ces dernières années, qui a milité pour la fin de ces organismes sans penser aux conséquences, et notamment à la possible apparition de nouveaux concurrents.

Sur ce sujet, je souhaite réunir les différentes parties, et donc les OGA, pour réfléchir à l'avenir. Mais un point me semble non négociable : les organismes qui envisagent de faire concurrence aux experts-comptables en se transformant en AGC trouveront notre institution sur leur chemin. Ceux qui, au contraire, imaginent un avenir commun avec l'Ordre, pourront compter sur nous pour réfléchir ensemble à de nouvelles pistes.

Je prendrai un seul exemple : on sait que les auto-entrepreneurs sont peu ou pas contrôlés. Pourquoi ne pourrait-on pas envisager un lobbying commun pour défendre une obligation de validation de leurs déclarations fiscales par les OGA ? En contrepartie, les OGA pourraient s'engager à renvoyer les entrepreneurs vers les experts-comptables au moment de leur passage au régime réel. Tout le monde y gagnerait, y compris l'État, qui sécuriserait davantage l'assiette fiscale.

 

Durant la campagne, vous aviez annoncé : « tant que la CNCC ne reviendra pas de façon claire sur la fin de la séparation et ne participera pas à notre lobbying pour la suppression de ces dispositions, il n'y aura plus de mutualisation entre les deux institutions ». Confirmez-vous cette position ?

J'ai pour habitude de dire ce que je fais et de faire ce que je dis. Chacun de mes engagements a été soigneusement pesé, et je ferai ce que j'ai promis. Je rencontrerai Yannick Ollivier, président de la CNCC, dans les prochaines semaines, et nous pourrons discuter de cette question.

Julien Catanese

Julien Catanese
Directeur éditoral de Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
Diplômé d'expertise comptable, après 7 ans en tant que rédacteur en chef puis directeur de la rédaction Fiscalistes et experts-comptables chez LexisNexis, je rejoins l'équipe Compta Online en juin 2020.
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