L'intelligence artificielle en droit : une longueur d'avance ?

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Publié le
Modifié le 12/12/2018
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L'intelligence artificielle est une problématique autant dans les professions du chiffre que du droit à une différence près. En droit, les legaltechs semblent avoir pris pas mal d'avance.

Des outils d'analyse prédictive sont déjà testés par les avocats et les magistrats. C'est beaucoup plus que l'automatisation de la saisie dont on parle beaucoup chez les experts-comptables.

Ensuite, développer les softskills permet d'aller vers le changement et d'améliorer la valeur ajoutée du professionnel sur ses prestations.

Retour sur la conférence « Intelligence artificielle - Perspectives ouvertes pour une approche transdisciplinaire/IA : le juriste, du rôle de sachant à apprenant » organisée par le Village LegalTech.

Exemples d'utilisation de l'intelligence artificielle en droit

Utiliser une base de jurisprudence pour, selon Fabien Girard de Barros, directeur général chez Lexbase, « donner des tendances statistiques sur la durée du contentieux, les indemnités moyennes par juridiction et même par visa utilisé » est l'objectif qui a permis de créer légalmetrics. L'outil donne « une vision graphique de la pratique judiciaire en France et analyse la vie juridique d'une entreprise ou d'un établissement » à travers ses contentieux.

Les différents outils fonctionnent à condition de poser les bonnes questions et de savoir mettre les réponses en perspective. Une réponse faite pour la région parisienne sera très différente de celle qui concerne une petite juridiction de province, située dans un bassin majoritairement ouvrier ou agricole.

Pour Vincent Henderson, directeur gestion de produits online chez Wolters Kluwer, poser les bonnes questions « demande beaucoup d'interaction, de compréhension, d'expérience etc... , y compris avec des utilisateurs potentiels » car une intelligence artificielle créée dans trois ans pour les besoins d'aujourd'hui pourrait être un échec commercial.

Les intelligences artificielles au sens large qui se trouvent dans les robots conversationnels ou dans la voiture sans conducteur de google sont très simples. Elles sont faciles à comprendre pour le technicien bien formé.

« Le machine learning avec ses réseaux neuronaux est un tout autre enjeu » estime Gillaume Proust, expert-comptable. C'est pour cette raison que « nous travaillons, au sein du Lab50, sur la notation des algorithmes avec l'Institut Sapiens ».

Bientôt, estime Benjamin English, avocat associé chez Cabinet Avril&Marion, « il ne sera plus possible de faire du droit sans ces outils d'intelligence artificielle, voir même sans outils d'analyse prédictive, y compris pour les magistrats ».

On peut imaginer que dans quelques années, il en sera de même pour les experts-comptables dans leurs missions purement juridiques.

L'enjeu : apporter autre chose dans le cadre de ses missions

« L'humain ne sera jamais dépassé par le robot sur le plan de l'émotion qui est totalement imprévisible » estime encore Guillaume Proust.

À ses yeux, les enjeux sont vastes, de l'intégrité de la donnée à la teneur des outils et à leur puissance. Malgré cela, les professionnels qui utilisent l'intelligence artificielle et les algorithmes « n'auront pas besoin d'apprendre à coder dans des langages dédiés comme Python ». Le vrai sujet, ce sont les softskills.

Pour Vincent Henderson, « l'intelligence artificielle devient un facilitateur qui ne prendra jamais la décision à la place du professionnel et n'aura pas d'impact sur sa responsabilité ». Si l'intelligence artificielle promet beaucoup de chose, elle n'aura jamais véritablement d'empathie, de créativité, de curiosité à la manière d'un être humain.

De nombreux professionnels vont devoir s'appuyer sur ces technologies pour avancer.

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Sandra Schmidt
Rédactrice sur Compta Online