Compétences spécialisées : retour sur ce dispositif 18 mois après son lancement

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Depuis le 23 juin 2020, les experts-comptables personnes physiques peuvent déposer en ligne auprès de leur Conseil régional de l'Ordre, des demandes de reconnaissance de compétences spécialisées.

Retour sur les impacts de ce dispositif avec les témoignages d'experts-comptables qui ont fait ce choix ainsi que la position actuelle de l'Ordre à ce sujet.

Quelques chiffres provenant des Conseils régionaux

Le Conseil régional Paris Ile-de-france a traité :

  • En 2020 : 54 demandes (dont 5 refusées). 

Ces demandes concernaient principalement le secteur de l'évaluation et de la transmission d'entreprise ainsi que le secteur associatif.

  • En 2021 : 20 demandes (dont 1 refusée).

Les spécialités les plus demandées cette année concernent les activités culturelles et artistiques et toujours le secteur associatif.

Le Conseil régional Nouvelle Aquitaine a traité cette année 11 demandes concernant principalement le secteur associatif, le secteur agricole et le conseil patrimonial.

Pour quelles raisons, les experts-comptables que nous avons interrogés, ont-ils fait le choix de la reconnaissance d'une spécialisation ? Quels ont été les impacts sur leurs activités, dans leurs rapports avec la clientèle, les confrères et les prospects ? Gaëlle Mourad-Moyon, expert-comptable (fondatrice du cabinet Axonum), Thierry Aidan, expert-comptable et commissaire aux comptes (cabinet Alonex Audit &Conseil) et Simon Bocquet (cabinet WE ASSO), expert-comptable et commissaire aux comptes, partagent leurs expériences.

Quelles compétences spécialisées avez-vous souhaité faire reconnaître et pour quels motifs ?


Gaëlle Mourad-Moyon

J'ai fait reconnaître deux compétences spécialisées auprès de l'Ordre : data analyst et audit des systèmes d'informations. J'ai suivi une formation qualifiante mais non diplômante mais j'ai surtout mis en avant une solide expérience dans ces domaines.

J'ai souhaité faire reconnaître ces deux compétences spécialisées d'abord pour moi-même. Je savais que j'avais des compétences sur ces sujets mais comme elles reposent principalement sur de l'empirique et pas sur un diplôme, je souhaitais qu'elles soient validées par l'Ordre pour me sécuriser.

J'ai également souhaité m'identifier auprès de mes cons½urs et de mes confrères sur ces thématiques car ce sont eux que j'accompagne. J'étais déjà reconnue pour ces compétences mais la reconnaissance de l'Ordre me légitimise davantage.


Thierry Aidan

Étant titulaire d'un diplôme de délégué à la protection des données (DPO), j'ai fait une demande de compétence spécialisée comme (DPD/DPO) RGPD, il y a environ un an.


Simon Bocquet

J'ai fait reconnaître une compétence spécialisée dans le secteur associatif au moment du lancement du dispositif. C'est pour moi une vocation d'accompagner les associations et les acteurs d'une économie sociale et solidaire, non marchande. J'ai pu faire reconnaître mon expérience et également certaines formations focalisées sur ce secteur.

Avez-vous rencontré des difficultés pour faire reconnaître ces compétences ?


Gaëlle Mourad-Moyon

La validation de mes demandes a pris un peu de temps car j'étais une des premières de la profession à faire cette démarche dans les Pays de La Loire. Ayant acquis mon expérience depuis le début de ma carrière, dans différents cabinets et autant en interne qu'à destination des clients, j'ai eu des difficultés à la faire valoir sur la base des honoraires facturés (difficile de reconstituer les dossiers anciens et de valoriser les réalisations interne à la structure). J'ai pu surtout faire valoir mes compétences grâce aux témoignages de prestataires eux même spécialistes avec lesquels j'ai travaillé.


Thierry Aidan

Concernant ma demande de spécialisation, il faut préciser que c'est une proposition de ma part, elle n'était pas inscrite dans la liste officielle. Après plus d'un an, je n'ai encore eu aucun retour de l'Ordre, je n'ai même pas reçu d'accusé de réception. Conformément à la procédure, j'ai été informé que la nouvelle dénomination serait examinée par le Conseil régional de l'Ordre Paris Ile-de-France, après avis consultatif du Comité compétences spécialisées du CSOEC, mais à ce jour je n'ai toujours eu aucun retour. Mon dossier est pourtant complet. Conformément aux conditions d'acceptation, dois-je en conclure qu'en l'absence de retour dans un délai de 2 mois, le silence gardé par le Conseil régional vaut acceptation de ma demande ? 


Simon Bocquet

J'ai également été un des premiers experts-comptables de ma région à déposer une demande (en juin 2020). À ce moment-là aucune session de l'Ordre n'avait à l'ordre du jour la validation des spécialisations. J'ai attendu 3 mois mais j'ai finalement eu un retour en septembre 2020.

Diriez-vous aujourd'hui que cette spécialisation officielle a un impact significatif sur votre activité ?


Gaëlle Mourad-Moyon

Oui, cette double casquette « expert-comptable - data analyst/audit des systèmes d'informations » me permet actuellement de travailler avec de nombreux partenaires sur ces sujets.


Thierry Aidan

Ayant un diplôme de DPO, je peux faire valoir cette spécialisation sans la reconnaissance par l'Ordre. Par conséquent, avec le recul, je ne pense pas que la reconnaissance de cette spécialisation aurait vraiment changé quelque chose vis-à-vis de mon activité, de mes clients, de mes confrères ou des prospects.


Simon Bocquet

Avant la reconnaissance par l'Ordre de ma compétence dans le secteur associatif, je pouvais seulement communiquer sur mon expérience dans ce domaine. Aujourd'hui, mon cabinet est entièrement dédié au secteur associatif et je peux maintenant communiquer en tant que spécialiste de ce secteur. Cela me permet de concurrencer les plus importants cabinets de la région en termes de chiffre d'affaires, sur mon secteur d'activité. C'est la reconnaissance de ma spécialisation qui a rendu cela possible.

Quelle est la position de l'Ordre concernant ce dispositif ? Répond-il réellement au besoin de spécialisation de la profession ?

Nous avons posé directement la question à Lionel Canesi, président du CSOEC.


Lionel Canesi

La session de mars 2021 du CSOEC a voté à la grande majorité la fin du dispositif de reconnaissance des compétences spécialisées par l'Ordre, mis en place par l'ancienne mandature. L'Ordre est actuellement en discussion avec la DGFiP pour toiletter les textes afin que ce dispositif n'existe plus courant 2022. Mais bien évidemment, les experts-comptables spécialisés pourront continuer à communiquer sur ces compétences et ceux qui ne le font pas encore pourront le faire sans avoir besoin de passer par l'Ordre. Je ne suis pas contre la spécialisation des experts-comptables, je le suis moi-même. Je suis contre la gestion de ces compétences spécialisées par l'Institution et les contraintes qu'elle fait peser sur les professionnels (contrôle qualité, diplômes, formations,...). Je ne souhaite pas non plus que l'Ordre s'immisce dans les choix stratégiques d'un cabinet. Il faut libéraliser la communication sur la spécialisation pour tous les experts-comptables.

Ce dispositif ne change rien, il ajoute peut-être seulement des contraintes supplémentaires. Le nombre de demandes de reconnaissance des compétences spécialisées parle de lui-même. Il est très faible. On voit bien qu'il n'y pas d'attente de la profession à ce sujet, à part pour certains.

Je souhaite que chaque expert-comptable communique sur ses compétences en fonction de sa déontologie. Je m'y étais engagé pendant la campagne, il est normal que je le mette en ½uvre.



Maxime Navarrete
Responsable de l'actualité professionnelle de Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
Après 8 ans en tant qu'éditeur juridique puis rédacteur en chef de Lexis 360 experts-comptables chez LexisNexis, je rejoins l'équipe Compta Online en octobre 2021.
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