Entrepreneuriat : 35% des femmes s'estiment moins compétentes que les hommes !

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Modifié le 22/05/2017
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En pleine semaine de l'entrepreneuriat féminin (du 6 au 10 mars), nous voulions revenir sur la situation actuelle des femmes entrepreneures en France : qui sont-elles ?
Pourquoi décident-elles se de se lancer ?
Leurs motivations sont-elles différentes de celles des hommes ?
Et finalement, comment favoriser et encourager l'entrepreneuriat des femmes, encore minoritaires dans notre pays aujourd'hui ?

Durant cette semaine de sensibilisation, des femmes entrepreneures (plus de 450 lors de l'édition 2016) se sont mobilisées pour répondre aux questions et apporter un éclairage nouveau sur l'esprit d'entreprendre à plus de 11 000 jeunes filles.

Nous vous avions déjà parlé de ce sujet récemment en vous annonçant que 36% des entrepreneurs étaient des femmes en France et que l'objectif pour 2017 était d'atteindre le seuil de 40%.

Ce sujet, plus que jamais d'actualité, était le premier questionnement des acteurs du Salon de l'Entrepreneur 2017, devant la question du financement des start-up. Intégrer les femmes entrepreneures à notre société est un débat plus brûlant que jamais !

Portrait des femmes entrepreneures en France

L'Agence France Entrepreneur a interrogé un panel représentatif de femmes en 2012 et parmi elles, une sur 5 envisageait d'entreprendre.

Les femmes entrepreneures s'éloignent des hommes sur plusieurs points : en moyenne, elles sont plus jeunes (entre 25 et 35 ans), plus diplômées (le BAC au minimum) et étaient mieux payées que leurs homologues masculins dans leur emploi précédent (entre 24 000 et 42 000¤).

De plus, selon le rapport sur l'entrepreneuriat féminin réalisé par le Centre d'Analyse Stratégique en 2013, 70% des femmes estiment qu'entreprendre est un bon choix de carrière, ce chiffre variant peu chez les hommes (70,1%),

Une troisième étude, menée par GirlPower3.com en 2014, souligne que 69% des femmes considèrent la création d'entreprise comme plus épanouissante que le salariat. 46% considèrent également qu'en étant à la tête de leur propre entreprise, leur équilibre vie privée/vie professionnelle serait meilleur.
Année après année les chiffres restent constants et dressent un constat à ne pas manquer : les femmes sont désireuses d'entreprendre et ont généralement un meilleur bagage que les hommes pour y parvenir. Et pourtant, des barrières à l'entrée du marché empêchent encore les femmes de se lancer et de créer leur entreprise. Revenons sur cette situation.

Pourquoi les femmes entreprennent-elles ?

Selon 33% des sondées (GirlPower3.com), le fait même d'être une femme est un frein pour entreprendre. Il s'agit de la première barrière selon ses femmes qui hésitent encore à se lancer dans l'aventure. Les deuxième et troisième causes sont le manque de crédibilité et les problématiques liées aux financements et à la recherche d'investisseurs.
Un autre frein souvent évoqué, non par les femmes nécessairement mais par l'ensemble des acteurs de la société, est le rapport à la famille. Et les chiffres appuient cette idée : en 2014, 33% des femmes qui entreprennent sont célibataires (contre 55% des hommes), 52% n'ont pas d'enfant (contre 69% des hommes). Moins solitaires, les femmes peuvent donc hésiter plus longuement de par leurs responsabilités familiales. Pourtant, il est important de déconstruire ce schéma, notamment auprès des jeunes filles, afin de ne pas véhiculer de sexisme soulignant le fait que les femmes devraient se sentir davantage coupables que les hommes d'entreprendre, à cause de leur famille et notamment de leurs enfants. De plus, la vie familiale peut et doit être vue comme un critère positif, notamment lorsque l'on sait que la pérennité des entreprises dirigées par des femmes en couple (71,2%) est plus grande que celles des femmes célibataires (68,7%). La famille : un moteur plus qu'un frein pour les femmes entrepreneures ?

Se sentir accompagnées et soutenues peut être important pour les femmes, mais ne perdons pas de vue que les femmes sont des entrepreneurs comme les autres ! Ne les mettons pas dans des cases sans chercher en premier lieu à les comprendre. En classant leurs motivations principales lorsqu'elles se lancent dans l'entrepreneuriat, les femmes placent l'indépendance en première position, le goût d'entreprendre en deuxième position. Séverine Le Loarne, professeure-chercheuse à l'Ecole de Management de Grenoble, rappelle à ce sujet : « Statistiquement, considérer que les femmes sont moins attirées par l'entrepreneuriat [que les hommes] n'a aucun sens ». Il s'agit là de déconstruire nos stéréotypes pour accueillir les entrepreneurs avec leurs idées et non avec leur genre.

Et cela est d'autant plus valable en matière de financement. Même si hommes et femmes font face à des difficultés pour lever des fonds et faire des emprunts, le taux de rejet de crédit bancaire reste supérieur pour les femmes (4,3%) que pour les hommes (2,3%) alors même que les femmes ont tendance à demander moins d'argent que les hommes pour leur entreprise.

La famille ou même la confiance en soi ne sont pas les freins premiers pour les femmes, le reflet de la société leur rappelant constamment leur condition - en revanche - l'est.

Comment redonner confiance et favoriser l'entrepreneuriat féminin

De par les barrières auxquelles elles font face, les femmes sont 35% à s'estimer moins compétentes que les hommes. Il est important de valoriser leurs projets et leur confiance en elles pour que les femmes n'entreprennent plus nécessairement par nécessité mais également pour croître et créer - à terme - des emplois.

Passée une certaine taille, les entreprises dirigées par une femme sont en moyenne plus productives et performantes. Ne pas passer à côté des idées de futures entrepreneures est donc primordial pour notre pays et son économie. Afin de les aider à dépasser l'entrepreneuriat de nécessité (où elles créent uniquement leur propre emploi, souvent pour échapper au chômage) pour atteindre l'entrepreneuriat de croissance, il est donc important de continuer la sensibilisation et l'accompagnement des femmes.

Des structures et associations de soutien à l'entrepreneuriat féminin existent et se développent. 45 sont répertoriées (LeadHer, Entreprendre au féminin, Femmes et entreprises...). Leurs principales missions sont de coacher les femmes et de leur apprendre le networking, qu'elles osent parfois moins pratiquer que les hommes. Cette revalorisation de leurs idées est importante et permet à de nombreuses femmes chaque année de croire en leurs idées. Pour aller plus loin, un véritable accompagnement en matière de recherche de financements pourrait être proposé, bien que cela se développe de plus en plus. En effet, la première étape - importante - de confiance acquise, il est nécessaire de passer à la suite : comment faire fonctionner et durer mon entreprise ?

Pour éviter de répéter les mêmes erreurs sexistes en renvoyant un message négatif aux femmes, il est également important de se rendre dans les écoles, les lycées et les universités pour parler aux femmes. La semaine de sensibilisation actuelle est aussi faite pour cela. Parler aux étudiantes des filières scientifiques est un des dispositifs mis en place pour leur expliquer le rôle qu'elles ont à jouer dans l'entrepreneuriat dans ce milieu masculin.

Le gouvernement, au delà des associations et structures de soutien, a également son rôle à jouer bien sûr. La loi du 4 août 2014 sur l'égalité professionnelle est un début, qui - nous l'espérons - portera ses fruits à l'avenir. Il a parallèlement été demandé à Bpifrance de porter une attention particulière à l'entrepreneuriat féminin.

Bien que le chemin soit encore long pour une égalité parfaite, rappelons toutefois - pour finir sur une jolie note - que la France est le quatrième pays au monde à soutenir autant l'entrepreneuriat féminin (derrière les Etats-Unis, l'Australie et l'Allemagne). Séverine Le Loarne rappelle ainsi : « En France, certains aménagements favorisent l'entrepreneuriat. Le système de prise en charge des enfants, en bas âge ou en périscolaire, est plutôt meilleur que chez nos voisins et on communique beaucoup sur les femmes entrepreneurs dans les médias ou dans le système éducatif ».

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Sarah Gillot est Chef de Projet Online Marketing pour Makerist - start-up à Berlin - afin de développer le marché français.