*#ElectionsCSOEC Interview de Philippe Arraou, tête de liste OSONS Ensemble !
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#ElectionsCSOEC Interview de Philippe Arraou, tête de liste OSONS Ensemble !

#ElectionsCSOEC Philippe Arraou détaille le programme de la liste OSONS Ensemble !
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Les élections au Conseil supérieur de l'Ordre auront lieu du 8 au 22 novembre 2020. Dans ce cadre, Compta Online interroge les têtes de liste pour mieux comprendre leurs programmes et ambitions.

Philippe Arraou, candidat sur la liste OSONS Ensemble, répond à nos questions.

Le programme de votre liste se démarque notamment par une liste de propositions resserrée. Pourquoi ce choix ?

Nous avons volontairement réduit notre programme à une dizaine de propositions. Une partie importante de l'action du Conseil supérieur de l'Ordre consiste à gérer le quotidien et l'ensemble des missions régaliennes. Nous les assumerons bien évidemment, dans un esprit de confraternité.

Mais nous avons choisi dans notre programme de nous concentrer sur les actions qui marqueront notre mandature et permettront de faire évoluer significativement la profession. Mon expérience de la présidence du Conseil supérieur me tient à l'écart des promesses de campagne irréalisables.

 

Vous proposez un accompagnement individualisé des cabinets dans leur transformation numérique. Pouvez-vous nous en dire plus ?

En matière de numérique, le temps n'est plus à la sensibilisation. Il nous faut maintenant être dans l'action, pour éviter une fracture numérique au sein de la profession.

Nous avons constaté que beaucoup de confrères s'interrogent sur les nombreuses solutions qui leur sont proposées. Il y a donc un besoin d'accompagnement dans la prise de décision. Et selon nous, c'est à l'Ordre de jouer ce rôle. Pour cela, nous avons prévu de créer de véritables « équipes d'intervention », capables de faire du conseil en ligne ou de se rendre dans les cabinets.

Dans ce dernier cas le coût serait supporté par le cabinet bien sûr, mais il bénéficierait en contrepartie d'un conseil totalement indépendant pour réussir sa transformation numérique, que ce soit en termes d'organisation ou d'outils.

 

Vous souhaitez également « créer le cloud de la profession ». Comment prévoyez-vous de le mettre en place ?

L'objectif est de créer un outil de sauvegarde des données de la profession, sécurisé, et sous contrôle de l'Ordre. La création du cloud de la profession sera financée par le CSOEC, et le coût de fonctionnement supporté par le cabinet utilisateur.

Les cons½urs et confrères auront tout intérêt à migrer leurs données vers ce cloud pour des questions d'indépendance et de sécurisation des données. Les mouvements capitalistiques sur le marché de nos fournisseurs sont inquiétants et peuvent soulever des questions quant aux données conservées. Notre proposition répond à cette inquiétude légitime.

Bien sûr, nous devrons discuter avec l'Autorité de la concurrence, pour expliquer qu'il s'agit d'une question d'intérêt général, garantissant l'indépendance d'une profession réglementée au rôle économique indiscutable.

 

Quelle doit être la stratégie de la profession en matière de facturation électronique ?

Le choix du modèle qui sera appliqué entre 2023 et 2025 ne dépend pas de nous. C'est un choix politique et stratégique qui relève des pouvoirs publics. La clarification de cette question avec Bercy doit donc être un sujet prioritaire. L'idéal serait bien sûr d'avoir à terme une plateforme unique dans laquelle l'Ordre aurait un rôle à jouer. Mais je crains que ce ne soit pas le scenario le plus probable. Car si nous allions vers un modèle avec une seule plateforme de factures électroniques, elle serait probablement sous le contrôle de l'État, comme en Italie.

Je pense qu'on s'oriente plutôt vers le second modèle, dit mexicain, avec plusieurs plateformes privées qui cohabitent et qui doivent transmettre leurs données à l'administration. Dans ce cas, la plateforme de la profession sera en concurrence avec les autres solutions. C'est une bonne raison pour valoriser la signature de l'expert-comptable, et agir pour que l'administration confère une valeur supplémentaire aux données transmises par notre intermédiaire. Nos missions sont réalisées en respectant des normes, une indépendance et une éthique, ce qui doit être reconnu.

 

Justement, vous défendez un statut de Tiers de confiance numérique qui apporterait un avantage aux clients. Qu'envisagez-vous concrètement ?

Nous devons convaincre notre tutelle que l'information transmise par un expert-comptable doit être traitée différemment par l'Administration. C'est déjà le cas aujourd'hui avec les déclarations papier, qui font apparaître clairement l'identité du professionnel. Mais il faut que ce soit aussi le cas pour la transmission des données dématérialisées transmises par les cabinets. Elles doivent bénéficier d'une présomption de fiabilité.

Nous devons par ailleurs rappeler à nos clients notre engagement de responsabilité et la sécurité qu'il confère à notre travail. C'est d'autant plus important dans un monde où les entreprises disposent de tous les moyens technologiques pour transmettre elles-mêmes leurs données. Le recours à un expert-comptable est un avantage, même quand on peut s'en passer.

 

Quelle forme prendrait la valorisation de la signature de l'expert-comptable, défendue dans votre programme ? 

Notre stratégie est de rendre l'expert-comptable incontournable. Pour cela, nous n'avons pas besoin d'un nouveau texte. Nous avons besoin de volonté politique, car l'enjeu est de convaincre les pouvoirs publics de rendre le recours aux services d'un expert-comptable obligatoire en matière d'établissement des comptes. Cela me semble tout à fait réalisable : fiabiliser l'assiette fiscale relève de l'intérêt général. Cela permettra aussi de redonner du sens à l'attestation de l'expert-comptable, car elle n'est pas suffisamment valorisée aujourd'hui.

L'enjeu pour notre profession est fondamental : nous devons déplacer le centre de gravité de notre prérogative d'exercice de la tenue à l'établissement des comptes. C'est la raison principale de mon engagement.

 

En matière de chiffre d'affaires, le conseil et le full service ne constitueraient donc pas des alternatives suffisantes à la tenue comptable ?

L'alternative à la tenue comptable ne peut pas se résumer au conseil. Nous sommes tous convaincus qu'il est indispensable de se positionner sur ce créneau, mais il nécessite parfois des moyens difficilement accessibles aux petits cabinets, et ne s'adresse pas forcément à tous les types de clientèles.

Il me semble donc difficile d'envisager de remplacer le chiffre d'affaires de la tenue par celui du conseil, au moins à court terme. Pour moi, il existe un champ intermédiaire avec l'établissement des comptes. En donnant plus de poids à notre signature, nous valoriserons cette mission et attirerons de nouveaux clients.

Vous parlez également du full service. Il me paraît très important pour les cabinets de proposer ce type de prestations, notamment aux petites entreprises. Mais cela ne peut, à mon sens, constituer une révolution dans le chiffre d'affaires des cabinets.

 

Contrairement aux 4 autres listes, votre programme n'inclut pas de proposition visant à réformer le DEC. Pour quelle raison ?

Je n'évoque volontairement pas le sujet de la formation initiale dans le programme. Bien entendu, cela ne veut pas dire que je ne m'intéresse pas à la question. Mais je connais les limites du périmètre des instances sur ce sujet. Nous sommes en période électorale, et les propositions que je lis ne me paraissent pas toujours très sérieuses, ni réalisables.

Supprimer le mémoire, par exemple, serait une erreur fondamentale. C'est un élément important pour l'obtention du diplôme, qui permet de mesurer la capacité d'un candidat à appliquer des connaissances théoriques, mais aussi, au moment de la soutenance, d'évaluer son futur comportement professionnel.

Je crois plus à la formation continue pour apporter les connaissances qui ne sont pas intégrées dans la formation initiale. Cela n'empêche évidemment pas de faire des propositions au Ministère de l'Éducation nationale pour faire évoluer les programmes de la filière comptable. Mais cela prendra des années, et on ne peut pas attendre.

 

La répartition des missions entre le CSOEC et les CROEC doit-elle être modifiée ? Faut-il envisager la décentralisation de certains pouvoirs ? 

Sur les 5 têtes de liste candidates, 3 sont présidents de région. Il est donc logique de voir fleurir les propositions qui visent à donner plus de pouvoir aux CROEC. Personnellement, je ne perçois pas cette nécessité, au contraire.

Il y a aujourd'hui une véritable complémentarité entre les régions et le national, avec une répartition des missions équilibrée. Il me paraît important de préserver cette construction. En décentralisant certaines missions, on va aboutir à des traitements différents d'une région à l'autre, et à terme à une forme de concurrence entre régions. Ce ne serait évidemment pas une bonne chose pour la profession. Tant que la France sera construite sur un modèle centralisé, la profession devra rester alignée pour être efficace, et le CSOEC sera garant de l'harmonie générale.

 

Les règles relatives au contrôle qualité et à la lutte anti-blanchiment doivent-elles être assouplies ?

Nous avons la chance d'avoir une profession auto-régulée. Et nous devons tout faire pour conserver cette organisation. Si demain une administration venait à exercer cette responsabilité à notre place, ce serait forcément au détriment des cabinets. Nous ne gagnerions rien à voir arriver dans nos cabinets des contrôleurs qui ne seraient pas des cons½urs et confrères.

Nous avons donc besoin de prouver à notre autorité publique que nous faisons correctement les choses dans ce domaine. Je n'écarte pas pour autant l'idée que le CSOEC soit allé trop loin dans l'application de ces normes. Il faudrait certainement réfléchir à un traitement différencié, selon des critères à définir, plutôt qu'une application uniforme et trop lourde pour les petits dossiers.

 

Votre programme fait de la comptabilité non financière un enjeu majeur pour les années à venir. Lors de votre mandature, vous défendiez aussi la place de l'expert-comptable sur le marché du secteur public. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Il faut vivre avec son temps. En ce qui concerne le marché du secteur public, nous n'avons pas réussi à faire passer en 2 ans l'intégralité du message que nous voulions porter. Nous avons eu une action de lobbying forte pour montrer la capacité de la profession à accompagner les collectivités publiques, mais nos interlocuteurs n'étaient sans doute pas assez sensibilisés à cette question. C'est un marché qui demandera une maturité plus longue.

Par contre, il y a aujourd'hui une demande très forte autour des questions environnementales, c'est incontestable. Et l'ouverture de ce marché peut s'accélérer rapidement. La Commission européenne a inscrit très clairement ce sujet dans la feuille de route de sa mandature, et l'État français ne va certainement pas rester en retrait. Les attentes de l'opinion publique sont trop fortes en matière d'environnement. Il est donc essentiel que les experts-comptables se positionnent sur ce marché émergent, en mettant en avant leur indépendance, et leur capacité à produire une information fiable et impartiale.

Programmes

Compta Online vous propose un comparatif des programmes, organisés autour de 5 thématiques. Ces thématiques couvrent l'ensemble des propositions mentionnées dans les programmes des différentes listes ou évoqués lors des interventions des candidats.

 

Julien Catanese

Julien Catanese
Directeur éditoral de Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
Diplômé d'expertise comptable, après 7 ans en tant que rédacteur en chef puis directeur de la rédaction Fiscalistes et experts-comptables chez LexisNexis, je rejoins l'équipe Compta Online en juin 2020.
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