*#ElectionsCSOEC Interview d'Alexandre Salas-Gordo, tête de liste RECIT
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#ElectionsCSOEC Interview d'Alexandre Salas-Gordo, tête de liste RECIT

#ElectionsCSOEC Alexandre Salas-Gordo détaille le programme de la liste RECIT
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Les élections au Conseil supérieur de l'Ordre auront lieu du 8 au 22 novembre 2020. Dans ce cadre, Compta Online interroge les têtes de liste pour mieux comprendre leurs programmes et ambitions.

Alexandre Salas-Gordo, candidat pour la liste RECIT, répond à nos questions.

Vous souhaitez « adapter le diplôme d'expertise comptable aux attentes du marché ». De quelle façon ?

Nous militons pour la défense du DEC, qui doit retrouver ses lettres de noblesse mais aussi s'adapter aux besoins de nos cabinets. La prépondérance du commissariat aux comptes dans les épreuves et le stage est trop importante. Cela ne correspond plus à la réalité des cabinets, surtout depuis la loi Pacte et la remontée des seuils d'audit. Il faut donc faire évoluer ce diplôme.

Concrètement, nous ne sommes pas pour un système d'options ni de coefficients. Nous sommes pour une adaptation des matières enseignées : moins de commissariat aux comptes, mais plus de numérique, de marketing, de commercial, de management, d'anglais, de paye, ..., de matières en relation avec ce qu'il se fait concrètement dans les cabinets. Le DEC doit rester le même pour tous, même si nous inciterons ceux qui souhaitent des spécialités à compléter leur formation par des masters ou des diplômes universitaires.

Nous sommes par ailleurs totalement opposés à la suppression du mémoire. Cela reviendrait à abaisser le niveau du diplôme et serait préjudiciable pour la profession. Au contraire, il pourrait être valorisé en prévoyant par exemple une soutenance devant un jury, en présence de sa famille, de ses proches et possibilité de public.

 

Pouvez-vous nous en dire plus au sujet de votre proposition d'un CFA de la profession comptable ?

Concrètement, il s'agirait de CFA déclinés dans chacune des régions, et gérés au niveau des Conseils régionaux (CROEC). C'est une possibilité offerte par la loi Avenir professionnel de septembre 2018, qui nous autorise à ouvrir nos propres centres d'apprentissage, via des partenariats régionaux avec les Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi). Cela nous permet de co-construire les programmes de formation et les parcours pédagogiques, pour qu'ils soient au plus près des attentes de la profession.

Nous souhaitons aussi que la profession s'empare d'un second dispositif, très récent, le contrat professionnel expérimental. C'est un outil très souple qui a pour objectif de favoriser la formation en alternance, et qui permettra aux cabinets dont les budgets formation ont beaucoup diminué, de retrouver des financements. Pour le déployer, le Conseil supérieur doit en amont discuter avec notre OPCO pour définir les besoins de la profession. Cela fait partie de notre projet.

 

En quoi le « pôle numérique » que vous prévoyez de créer sera-t-il différent du Secteur Stratégie numérique du CSOEC ?

Notre liste comporte très peu d'élus dans les instances ordinales. Cela nous donne une approche pragmatique des sujets, et particulièrement de celui du numérique. Notre constat est simple : la plupart des cabinets ont désormais pris conscience de la révolution numérique et la nécessité de se transformer. Mais certains d'entre eux ne disposent pas des compétences techniques en interne pour mener à bien cette transformation. D'autant que le plus souvent, les seuls interlocuteurs en mesure de les conseiller dans le choix d'une solution sont les ingénieurs commerciaux des éditeurs. Ces cabinets se trouvent donc isolés, et ont besoin d'accompagnement.

Le pôle numérique que nous voulons créer contiendrait une véritable « cellule », composée de permanents du CSOEC, hautement qualifiés, pour répondre aux questions des cabinets qui ne savent pas comment avancer dans cette transformation numérique. Cette cellule ferait aussi des préconisations sur les outils à sélectionner et à déployer, car je pense que dans ce domaine l'Ordre doit sortir de sa réserve.

Parmi les services de ce pôle numérique, nous proposerons aussi aux cons½urs et confrères une plateforme d'accompagnement à la digitalisation et une veille numérique régulière, accessibles gratuitement aux cabinets.

 

Quelle est votre stratégie en matière de gestion des données de la profession ?

Il est clair que la profession doit non seulement maitriser ses données, mais aussi les exploiter. Si nous voulons développer notre image de tiers de confiance, c'est un enjeu majeur.

Nous disposons de nombreux flux de données, avec jedeclare.com, jefacture.com, et notre jesignexpert.com notamment. Il faut donc travailler sur une solution technique permettant de croiser et d'analyser ces informations sur les plans statistiques et macroéconomiques, comme c'est déjà le cas avec ImagePME, mais en allant plus loin encore.

En matière de données, il y a aussi un enjeu autour de la signature électronique de l'expert-comptable, qui doit devenir un véritable « sceau numérique » permettant d'identifier de manière certaine et individuelle chaque expert-comptable. Cela nous permettrait par ailleurs de lutter plus efficacement contre l'exercice illégal.

 

Justement, quels seraient les grands axes de votre lutte contre l'exercice illégal ?

La lutte contre l'exercice illégal repose actuellement sur la répression. Mais les poursuites judiciaires, très longues, sont insuffisantes compte tenu du nombre d'illégaux. Pour moi, il faut privilégier la prévention.

Il y a donc un double chantier à ouvrir : d'abord mettre en place une solution technique qui permettra d'identifier si tel ou tel document a été produit par un expert-comptable. Pour cela, il faut que l'ensemble des données que nous produisons soit munies de ce « sceau électronique » que j'évoquais. Ensuite, nous devons convaincre les tiers de ne pas accepter des documents financiers qui ne comporteraient pas ce sceau : cela s'applique aux administrations en premier lieu, mais aussi aux greffes et aux banques. Nous devons parvenir à une situation analogue à celle du secteur médical : impossible de transmettre une feuille de soins sans être professionnel de santé.

 

Quelle est votre réaction au lancement de la dernière enquête de la Commission européenne sur l'automatisation des services comptables ?

Quand on parle de déréglementation, il y a deux aspects à considérer : la réglementation qui préserve notre prérogative d'exercice, et celle qui définit nos normes, notre contrôle qualité. La tendance actuelle est à la déréglementation du côté de notre prérogative d'exercice, et à la sur-réglementation du côté de nos normes professionnelles. Je pense qu'il faut inverser cette tendance.

Il faut défendre vigoureusement notre prérogative d'exercice, tout d'abord. Elle se justifie par une exigence de fiabilité et de qualité de l'information comptable et financière que nous produisons.  

Ensuite, il faut assouplir les normes professionnelles qui étouffent les plus petits cabinets. Je ne veux pas que la profession prenne le même chemin que le commissariat aux comptes, qui a multiplié les normes d'exercice pour finalement aboutir à la fin de l'audit légal dans les PME.

 

La part de conseil dans le chiffre d'affaires des cabinets évolue très peu. Cette situation peut-elle et doit-elle évoluer ?

Il y a effectivement un gisement important de missions qui s'offre à la profession, dans le domaine des ressources humaines, de l'immobilier ou des services financiers par exemple. Mais je pense que la part de conseil dans le chiffre d'affaires ne pourra augmenter significativement qu'à deux conditions :

  • un allègement des interdictions prévues à l'article 22 de l'Ordonnance de 1945. Il y a eu un assouplissement ces dernières années, mais il faut aller plus loin ;
  • la mise en place d'un réel accompagnement des cabinets pour les aider à faire leur révolution culturelle en matière de conseil.

 

Vous vous dites opposé au rapprochement de l'Ordre des experts-comptables et de la Compagnie des commissaires aux comptes ? Quelles actions concrètes comptez-vous mener ?

Dans sa communication, le Conseil supérieur parle de « synergies » entre la CNCC et le CSOEC. Mais ce n'est pas nommer correctement ce qu'il est en train de se passer. Quand on partage des locaux, des commissions, un secrétaire général, il n'est plus question de synergies, mais de fusion. Je m'y oppose fermement.

Fragiliser la séparation entre audit et conseil va à l'encontre de tous les principes déontologiques qu'on nous enseigne. Cela ne va clairement pas dans le bon sens, mais peut-on pour autant envisager de revenir sur la loi Pacte ? Cela me paraît évidemment compliqué. Par contre, je prends acte du fait que le métier de commissariat aux comptes empiète sur le métier de l'expertise comptable. Je souhaite par conséquent que les experts comptables proposent davantage de missions d'audit contractuel, en promouvant largement cette mission, mais aussi en simplifiant les normes professionnelles qui la réglementent.

 

Faut-il changer le nom de la profession, comme cela a pu être évoqué dans certaines conférences du 75e Congrès ? 

Nous sommes plutôt en faveur de faire évoluer ce nom, en accolant un mot supplémentaire, pour ne pas fragiliser notre marque. Mais cela touche directement à notre identité, et doit donc impérativement faire l'objet d'une réflexion collective.

 

Quel sera le premier sujet que vous tenterez de défendre auprès de la tutelle et plus généralement, des pouvoirs publics ?

L'instauration d'un comité de liaison économique et social composé de l'Ordre des experts-comptables et du gouvernement. Ce serait un moyen efficace de remédier à l'absence de prise en compte par notre tutelle de notre institution et à travers elle, de notre profession !

Dernier exemple en date, Notre ministre de tutelle Bruno Le Maire, lors de son intervention télévisée pour annoncer les mesures d'aides à l'occasion du reconfinement, a indiqué avoir consulté les partenaires sociaux, le Medef, ... mais à aucun moment n'a cité l'Ordre des experts-comptables.

Nous prévoyons donc la création d'un organe commun de consultation dédié avec des règles de réunions régulières et impératives afin de matérialiser la prise en compte des avis de la profession dans les matières économiques, fiscales et sociales. La profession doit être consultée et prise en compte dans tous ces domaines et pas seulement de manière facultative. Il en va de notre influence, de notre partenariat avec les pouvoirs publics et de notre intérêt commun et réciproque, entreprises et experts-comptables.

Programmes

Compta Online vous propose un comparatif des programmes, organisés autour de 5 thématiques. Ces thématiques couvrent l'ensemble des propositions mentionnées dans les programmes des différentes listes ou évoqués lors des interventions des candidats.

 

Julien Catanese

Julien Catanese
Directeur éditoral de Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
Diplômé d'expertise comptable, après 7 ans en tant que rédacteur en chef puis directeur de la rédaction Fiscalistes et experts-comptables chez LexisNexis, je rejoins l'équipe Compta Online en juin 2020.
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