Crowdfunding : les femmes réussissent mieux que les hommes !

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Modifié le 19/10/2017
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Le crowdfunding est un mode de financement participatif qui permet à des particuliers de soutenir des projets personnels ou professionnels en apportant la somme de leur choix, via une plateforme en ligne. L'objectif pour l'initiateur ou l'initiatrice de cette levée de fonds 2.0 est d'atteindre le but qu'il ou elle s'est fixé initialement pour pouvoir toucher ladite somme obtenue grâce à l'aide des internautes... et de leur porte-monnaie.

Cette forme de financement a presque toujours existé mais s'est développée avec l'essor d'Internet et encore plus depuis l'apparition de plateformes spécialisées en crowdfunding, depuis la fin des années 2000, permettant la mise en ligne de projets et la participation financière en ligne. Pour n'en citer que quelques unes : KissKissBankBank, Ulule, Wiseed... En 2009, 10 millions de dollars avaient été levés par des jeunes entreprises et des individuels dans le monde ; en 2016 ce chiffre s'élève à 767 millions de dollars ! Une augmentation considérable qui assure de beaux jours au crowdfunding.

Une question s'impose : hommes et femmes sont-ils égaux dans la réussite de leurs campagnes de financement participatif ? Les internautes réagissent-ils de la même manière selon le genre de celui ou celle qui mène le projet ?

Via son étude réalisée en 2015 et 2016, PwC, accompagné de The Crowdfunding Center, a tenté d'apporter des éléments de réponses à ses interrogations et a présenté ses résultats en juillet 2017. Cette étude, inspirée par la campagne HeForShe, dont la porte-parole n'est autre qu'Emma Watson, a été menée sur 205 pays et s'est basée sur les résultats de 9 plateformes de financement participatif. Une tendance semble se dégager : les femmes réussissent davantage que les hommes dans ce domaine !

32% de campagnes de crowdfunding supplémentaires pour les femmes

Le crowdfunding tend en effet à réduire les inégalités hommes/femmes en matière de levées de fonds : les femmes étant plus performantes en crowdfunding, cela compense avec leurs difficultés plus accrues en matière d'emprunts bancaires par exemple, le sexisme et les clichés ayant la vie dure.

Il est intéressant de mentionner que les femmes ont des résultats supérieurs à leurs homologues masculins, peu importe le secteur d'activités et la zone géographique. Aux Etats-Unis, les campagnes aboutissent pour 24% des femmes contre 20% des hommes. Au Royaume-Uni, pour 20% d'hommes menant leur projet jusqu'au bout également, ce sont 26% des femmes qui parviennent à convaincre les internautes. En Europe, ces chiffres sont plus bas mais inscrivent toujours les entrepreneures en tête : 21% réussissent contre 14% des hommes. En Asie, 14% contre 7%. En France, le fossé est encore plus important : 24% des femmes reçoivent leurs financements contre 13% de leurs homologues masculins.

Si nous comparons les secteurs, là encore les femmes s'imposent. Dans le domaine de la vente de biens de consommations, 22% des femmes parviennent à leurs fins pour 18% des hommes ; dans celui des divertissements et des médias, les résultats sont en hausse : 30% pour les femmes et 23% pour les hommes. Autre bonne nouvelle encore plus significative : le secteur du digital, historiquement associé à un talent masculin, voit 16% des femmes achever leur campagne de crowdfunding contre 9% des hommes seulement.

Que cache cette réalité ? Quelles sont les raisons antérieures à ces résultats ?

En France, les femmes aboutissent 24% de leurs projets de crowdfunding contre 13% des hommes

Les femmes, plus raisonnables et attentives aux risques que les hommes en matière de crowdfunding

Si les femmes mènent 32% de projets supplémentaires par rapport aux hommes, c'est avant tout grâce à leur raison, ou ce que certains verront comme un manque d'ambition ou une peur de ne pas être à la hauteur. Question de point de vue.

Pour Cécile Saint Jean, directrice et spécialiste des start-up chez PwC : « Je ne dirais pas que les femmes entrepreneures ne sont pas ambitieuses, elles ont une approche des risques plus stricte, ce qui les conduit à limiter leurs objectifs ». Selon elle, cette approche moins risquée est « appréciée des investisseurs particuliers » qui sont moins inquiets pour leur placement. Elle rajoute toutefois que « [cette position] aboutit à un développement plus sécurisé certes, mais aussi plus lent de leur activité ».

Pour certains, une autre explication tient dans l'intérêt supplémentaire que les femmes voient dans le crowdfunding : la communication plus humaine. Pour elles, il semble s'agir d'une stratégie marketing visant à entrer en contact avec leurs futurs clients et utilisateurs, les mettre en confiance, échanger avec eux, obtenir un retour concret sur leurs idées, avant d'éventuellement faire une levée de fonds plus importante. Cette idée, qui s'appuie sur certains clichés sexistes, éclipse les difficultés que les femmes ont à se faire confiance et à croire en leurs idées, à cause de l'image renvoyée par les investisseurs et professionnels, qu'elles ont rencontrés tout au long de leur carrière.

C'est pourquoi, sur les 63 collectes ayant obtenu plus d'un million de dollars en 2015 et 2016, 89% ont été menées par des hommes. La campagne la plus lucrative menée par une femme arrive à la 18ème place - le montant n'étant pas précisé.

En France, sur la période étudiée, 7,3 millions de dollars ont été récoltés par des hommes contre 1,6 millions par des femmes. Attention toutefois à prendre en compte la différence entre les projets masculins et féminins : 139 000 pour les hommes et 55 000 pour les femmes ont été pris en compte dans l'étude de PwC.

Dernière comparaison : un contributeur apporte en moyenne 89$ à une femme contre 83$ pour un homme en moyenne dans le monde - 102$ pour un homme et 72$ pour une femme en France. Une raison pour les femmes d'oser davantage à l'avenir ? Nous l'espérons !

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Sarah Gillot est Chef de Projet Online Marketing pour Makerist - start-up à Berlin - afin de développer le marché français.