Le Conseil supérieur vient de remettre aux pouvoirs publics une liste de 28 propositions pour le monde « après-covid », articulées autour de 3 axes : accélérer la transition numérique, adapter la législation du droit du travail, et favoriser le développement des entreprises de proximité.

A cette occasion, Charles-René Tandé, président du CSOEC, donne son analyse de la période qui s'ouvre et du rôle que pourront jouer les experts-comptables.

Comment voyez vous les mois à venir sur le plan économique ? Partagez-vous l'analyse de ceux qui anticipent une « rentrée catastrophe » ? 

J'ai effectivement pu lire de telles analyses, mais je ne les partage pas. Pour ma part, je ne m'attends pas à une vague de faillites en septembre. La raison est simple : les principaux dispositifs exceptionnels d'aides aux entreprises mis en place pendant la crise sanitaire courent jusqu'au printemps 2021.

C'est donc à ce moment là que les défaillances d'entreprises risqueront de se multiplier. Cela pourrait se produire si la reprise économique se fait attendre, empêchant les entreprises de dégager des marges suffisantes pour couvrir leurs frais fixes. Ceci dit, il est probable que nous assistions à une hausse significative des licenciements dès la rentrée, car les entreprises vont vouloir adapter leur masse salariale à leur niveau d'activité, qui ne sera sans doute pas revenu à son niveau normal.

 

Quel regard portez-vous sur les premières mesures de relance prises par le gouvernement ?

De manière générale, je pense que nous pouvons saluer les décisions prises par l'État, qui a fait des efforts tout à fait extraordinaires depuis le début de cette crise sanitaire. Plus récemment, la baisse annoncée des impôts de production va également dans le bon sens. Évidemment, des mesures complémentaires devront peut être être prises dans certains secteurs d'activité, plus sinistrés que d'autres, mais on peut dire que le gouvernement a pris la mesure de la situation.

Concernant le ciblage des mesures de relance, je rejoins l'analyse de Bruno Lemaire : ce serait une erreur de soutenir des entreprises non viables. Les experts-comptables ont donc un rôle important à jouer, non seulement pour dresser des diagnostics, mais aussi pour rediriger l'épargne des français, à un niveau élevé en ce moment, vers les entreprises de proximité. Les experts-comptables sont à la fois présents dans tous les territoires et totalement intégrés dans le tissu économique local. Ils sont donc parfaitement placés pour accompagner ce mouvement.

 

Quel est l'objectif des 28 propositions formulées par le Conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables ?

Soyons clair, nous n'avons pas vocation à organiser la relance économique de la France. Cela ne relève pas de nos compétences. Toutefois, nous avons une connaissance unique des entreprises et de leurs problématiques, et donc une véritable responsabilité auprès des pouvoirs publics.

Nous avons joué ce rôle de relais lors de la crise sanitaire, au cours de multiples réunions dans les ministères. Nous avons également porté de nombreuses demandes pour aménager des dispositifs qui n'étaient parfois pas applicables sur le terrain, notamment au tout début de la crise.

Nous souhaitons maintenant contribuer à écrire ce nouveau chapitre économique qui s'ouvre, en faisant remonter du terrain des propositions économiques concrètes.

 

Quels sont les destinataires de ces propositions ?

Elles ont été adressées aux députés et sénateurs en charge de ces questions, ainsi qu'au Ministre de l'économie. Et je peux vous dire que nous constatons déjà une réelle adhésion à un grand nombre d'entre elles.

Mais l'essentiel n'est pas de revendiquer la paternité de telle ou telle mesure, mais plutôt que les dispositions utiles aux entreprises et à l'économie française soient adoptées le plus rapidement possible.

 

Une adaptation des procédures collectives vous paraît-elle nécessaire, compte tenu de la situation économique exceptionnelle ?

A mon sens, nous disposons actuellement de l'ensemble des outils juridiques nécessaires, et la palette des procédures collectives me paraît tout à fait adaptée pour répondre aux problématiques des entreprises. J'en profite d'ailleurs pour rappeler que les experts-comptables peuvent jouer un rôle actif dans ce type de procédures, en exerçant un mandat ad hoc par exemple.

Il n'y a que dans le cas où l'on verrait une vague de défaillances d'entreprises dans les mois à venir, et donc un hypothétique engorgement des tribunaux de commerce, qu'il faudrait peut être réfléchir à une adaptation des procédures.

 

Quel doit être, selon vous, le rôle des Centres d'information sur la Prévention des difficultés des entreprises (CIP) dans cette phase de rebond ? 

Les CIP sont d'excellentes structures d'accueil pour les dirigeants d'entreprise en difficulté. Ils ont démontré leur caractère opérationnel et leur efficacité. Je regrette simplement qu'encore trop peu de dirigeants osent se saisir de cette possibilité.

On constate que certains d'entre eux ont un sentiment de gêne, qui les retient d'aborder les difficultés de leur entreprise. Pourtant, seule la survie de l'entreprise compte, et les CIP sont là pour y contribuer.

 

Quel conseil donnez-vous aux dirigeants d'entreprise pour la période à venir ?

J'invite tous les entrepreneurs à prendre contact avec leur expert-comptable à la rentrée, pour établir une situation comptable.

Ce point intermédiaire doit permettre d'isoler les pertes liées à la crise sanitaire, d'acter la rentabilité structurelle de l'entreprise, et d'intégrer les nouveaux facteurs que sont, par exemple, les échéances de PGE et les étalements de charges sociales.

 

Quel conseil donnez-vous aux experts-comptables ? 

Tout d'abord, reprendre contact à la rentrée avec l'ensemble de leurs clients, pour identifier les faiblesses éventuelles, les nouvelles difficultés, ou au contraire les premiers éléments d'une reprise. Mais aussi pour proposer ce point intermédiaire sur les comptes de l'entreprise, et anticiper au mieux les échéances de fin d'année.

J'encourage aussi tous les experts-comptables à continuer de se tenir informés, notamment via les outils du Conseil supérieur et des Conseils régionaux. L'engagement de la profession a été remarquable durant cette période, et je remercie à nouveau l'ensemble des confrères, qui ont passé beaucoup de temps à analyser les nouveautés juridiques, et à transmettre à leurs clients ces informations.

Mais la relance prévue par le gouvernement va s'accompagner de nouvelles mesures, et il faudra continuer à suivre de près l'actualité pour accompagner efficacement nos clients.

 

Le prochain congrès va-t-il lui aussi, prendre les couleurs de la relance économique ? 

Nous avons fait le choix de ne pas modifier la thématique du prochain congrès de l'Ordre, « Management, marketing, marque ». Ces 3 axes sont en effet plus que jamais adaptés aux problématique des cabinets :

  • le management des équipes, fortement engagées pendant la crise sanitaire, mais qui ont pu parfois atteindre un point de saturation, est un enjeu clé de la période à venir ; 
  • le marketing, aussi, pour faire connaître à nos clients notre offre de services, et notre capacité à les accompagner en phase de relance économique ; 
  • la marque « expert-comptable » enfin, après une période qui a permis de valoriser davantage notre mission auprès des entrepreneurs. 

Ce congrès, qui sera 100% en ligne, devrait par définition être beaucoup plus ouvert que les précédents, avec un public plus large, plus varié. Ce sera donc l'occasion d'apporter une dimension macro-économique encore plus grande à nos échanges, aux tables-rondes, et plénières.

Julien Catanese

Julien Catanese
Directeur éditoral de Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
Diplômé d'expertise comptable, après 7 ans en tant que rédacteur en chef puis directeur de la rédaction Fiscalistes et experts-comptables chez LexisNexis, je rejoins l'équipe Compta Online en juin 2020.
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