Bullshit job : la remise en question professionnelle

Article écrit par (359 articles)
Modifié le
2 525 lectures

Un bullshit job correspond à un job à la con, vide de sens et inutile. David Graeber, anthropologue, est un auteur qui soutient que lorsque 1% de la population contrôle la majeure partie des richesses d'une société, ce sont eux qui définissent les tâches « utiles » et « importantes ».

Le concept de bullshit jobs

Selon David Graeber, notre société moderne repose en grande partie sur l'aliénation de la majorité des employés de bureau.

De nombreux employés en entreprise sont amenés à dédier leur vie à des tâches inutiles, sans réel intérêt et vides de sens, tout en ayant pleinement conscience de la superficialité de leur contribution à la société

Il explique lors d'une interview sur Brut que les bullshit jobs sont les métiers à la con que même la personne qui le fait, ne peut pas expliquer pourquoi elle le fait. Elle a même le sentiment que si son travail n'existait pas, il n'y aurait aucune différence, voire que le monde serait meilleur.

Il a pu voir des sondages montrant qu'entre 37 et 40% des personnes dans un pays sentent que leur travail ne sert à rien, ce qui correspond à un tiers des emplois.

Aujourd'hui tout le monde doit dire qu'il travaille, c'est comme si chacun devait prouver qu'il travaille plus que ce qu'il en a envie pour un travail qu'il n'aime pas. Tout cela juste pour être une personne digne de respect.

Les personnes qui ont des boulots à la con disent qu'ils font une tâche maximum par semaine et le reste du temps, ils doivent faire semblant de travailler même s'ils n'ont rien à faire.

Beaucoup de personnes que David Graeber a croisé ou interrogé disent que leurs emplois étaient tellement bidons qu'ils n'en pouvaient plus. Ils ont démissionné ils se sont orientés vers des emplois complètement différents ou vers la garde des enfants.

S'ils arrivent à trouver un moyen d'avoir de l'argent, sans compter sur leur famille, en faisant un travail enrichissant, la plupart le font.

Un récent sondage du groupe d'intérim et de recrutement Randstad révèle que 29% des salariés ne trouveraient plus d'utilité à leur travail.

Jean-Laurent Cassely, journaliste, a également écrit de nombreux articles sur cette thématique. Il précise que les gens pensaient qu'avec les progrès technologiques, la machine allait finir par remplacer l'humain et que les Hommes allaient pouvoir se consacrer à autre chose qu'au travail, notamment pour ceux qui ont des bullshit jobs. 

Toujours selon David Graeber sur Le Temps.ch, ces emplois inutiles se sont multipliés de façon exponentielle ces dernières décennies. Des millions de personnes souffrent aujourd'hui d'un terrible manque de sens, couplé à un sentiment d'inutilité sociale.

Les hommes tirent leur bonheur du sentiment d'avoir prise sur le monde. De contribuer à sa bonne marche, d'une façon ou d'une autre. La violence spirituelle qu'engendre l'absence de sens desbullshit jobs, tout comme le sentiment d'inutilité et d'imposture, est destructrice, moralement et physiquement.

Pour mieux illustrer son propos, l'auteur s'est appuyé sur les nombreux témoignages reçus et a distingué cinq catégories des emplois dits inutiles.

Les 5 grandes familles représentatives des bullshit jobs



Les larbins

Pour David Graeber, ces salariés sont des domestiques modernes. Ils sont là pour « permettre à quelqu'un d'autre de paraître ou de se sentir important ».

En bref : aider quelqu'un à briller et à le tirer vers le haut tout en restant dans l'ombre.

« Il existe encore des boulots de domestiques à l'ancienne, soutient David Graeber. À travers l'Histoire, les riches et les puissants ont eu tendance à s'entourer de serviteurs, de clients, de flagorneurs et autres laquais ».

Les porte-flingue

Il s'agit d'une appellation métaphorique pour désigner ceux dont le travail a été créé par d'autres et comporte une composante agressive.

Ces employés exercent un métier qui « paraît dépourvu de toute valeur sociale positive », qu'ils « considèrent comme intrinsèquement manipulateur et agressif ».

« Un pays n'a besoin d'une armée que parce que les autres pays en ont une », explique David Graeber. Un exemple qui vaut aussi, selon lui, pour les lobbyistes, les experts en relations publiques, les télévendeurs ou les avocats d'affaires.

Les rafistoleurs

Ces employés passent leur temps à régler des problèmes qui ne devraient pas exister. Ils rattrapent les bourdes de leur supérieur, comblent un manque d'organisation, ou exercent des tâches qui pourraient être automatisées.

Les rafistoleurs sont ceux dont le job n'a d'autre raison d'être que les anomalies qui entravent le bon fonctionnement une organisation. Ils sont donc là pour régler des problèmes qui ne devraient plus exister si ces anomalies avaient été corrigées.

« Les premiers exemples de rafistoleurs auxquels on pense, ce sont des subalternes dont le boulot est de réparer les dégâts causés par des supérieurs hiérarchiques négligents ou incompétents ».

Les cocheurs de case

Pour qu'une organisation puisse exister et que tout le monde sache qu'elle existe, il faut des cocheurs de case.

Selon David Graeber, ces salariés permettent à une organisation de « prétendre faire quelque chose qu'en réalité elle ne fait pas ».

Voilà une bonne définition de la réunionite : des réunions sans cesse, pour le principe, et sans intérêt apparent ni aucune décision de prise.

Il explique que dans la majorité des cas, les cocheurs de case sont tout à fait conscients que leur job n'aide en rien la réalisation du but affiché. Pire encore : il lui nuit, puisqu'il détourne du temps et des ressources.

Les petits chefs

C'est peut-être le profil le plus connu... et le plus haï aussi.

David Graeber distingue deux sous-catégories. La première, c'est celle des petits chefs qui « assignent des tâches à d'autres », et dont le boulot peut s'avérer inutile si ses subalternes travaillent en autonomie.

Si cette première catégorie est inutile, la seconde est nuisible.

La seconde sous-catégorie, c'est celle des petits chefs qui « créent des tâches à la con pour les autres ».

_____________________________


Adeline Rocci
Rédactrice sur Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
Je suis passionnée par les ressources humaines et la vie en entreprise, thématiques de prédilection que je traite sur mes articles.
Suivez moi sur Linkedin.