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Big data et experts-comptables : mais pourquoi ça bloque ?

La DATA dans la profession : « ceux qui détiennent les données détiennent le pouvoir »
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On ne peut qu'être satisfait des nombreux outils mis à disposition des experts-comptables par nos instances, des formations proposées ainsi que des solutions innovantes mises au point par les très nombreux partenaires de la profession, un ensemble performant pour la transformation digitale de nos cabinets.

Des outils et des solutions pour tous, quels que soit la taille des cabinets et leurs moyens financiers ce qui n'était pas le cas il y a quelques années encore, comme le souligne Philippe Barré dans ses interventions.

Un point noir néanmoins demeure. Un point noir auquel seule une poignée de confrères (des passionnés ? des visionnaires ? des pionniers ?) s'intéresse, pour le bien de toute une profession avec notamment le groupe de travail dit « GT DATA » initié par Sanaa Moussaid : le BIG DATA des experts-comptables ou dit autrement, la collecte, le stockage, le traitement et l'exploitation de cette masse considérable de DONNÉES que notre profession détient.

 

Pourquoi donc n'avance-t-on pas dans ce formidable enjeu pour notre profession ?

Les entretiens que j'ai eus avec les membres de ce groupe GT DATA confirment que l'essentiel des éléments nécessaires à la mise en œuvre de ce BIG DATA sont réunis :

  • Détenons-nous les données ?
  • Avons-nous les moyens de les collecter, de les stocker, de les analyser, de les utiliser ?
  • Avons-nous les moyens de financer un tel projet ?
  • Avons-nous la ou les structures pour sa mise en œuvre ?
  • Disposons-nous des moyens humains ?
  • Avons-nous l'expérience ?
  • Avons-nous ce que nous pouvons en tirer ?

À toutes ces questions la réponse est OUI ! Cent fois OUI !

 

Alors pourquoi ça bloque ?

L'organisation de notre profession fait qu'un tel projet ne peut-être porté (ou initié) que par le Conseil Supérieur de l'Ordre des Experts-Comptables. Donc si « ça bloque » ce ne pourrait être que par manque de VOLONTÉ, de VOLONTÉ POLITIQUE ?

Resterai alors à en comprendre les raisons...

  • Le projet est-il trop ambitieux, trop lourd à mettre en œuvre, trop risqué ?
  • Les « grands cabinets » s'y opposent-ils considérant qu'ils peuvent traiter leurs propres données dans leur seul intérêt ? N'ont-ils d'ailleurs pas déjà commencé ?
  • Dès lors que les « grands cabinets » ne suivent pas, nos élus du CSOEC considèrent-ils que la profession n'est pas suffisamment forte pour s'engager?
  • Les confrères, dans leur majorité, ne sont-ils pas conscients des enjeux ? Ce qui enlève tout intérêt « politique » à s'investir dans un tel projet ? Tiime a d'ailleurs attiré notre attention sur le fait que 17% seulement de nos confrères savent donner une définition précise de l'IA.

Notre inaction ne pourrait que laisser le champ libre (légitimement) à nos partenaires historiques ou nouveaux venus. Ainsi, cette information : « Cegid gère environ 4 millions de bulletins de paie. Dans un Poc (Proof of concept) réalisé avec Microsoft, l'éditeur a exploité ces données-anonymisées pour déterminer des taux de rotation de personnel, industrie par industrie, fonction par fonction ou région par région. Grâce au Machine Learning d'Azure, Cegid a pu faire du prédictif sur les démissions à venir », Laurent Lanzini cité par Compta Online.

Ou bien encore la communication de Receipt Bank sur les millions de données collectées dont on peut douter qu'elles ne seront que stockées sans être exploitées.

Si la profession « rate le coche », les « cabinets traditionnels » risquent fort d'être exclus de ce que sera demain le monde du conseil en matière de gestion lequel sera dépendant de la connaissance en temps réel de l'environnement économique des entreprises et donc des données, la tenue de comptabilité étant quant à elle condamnée dans les cinq prochaines années dans sa forme actuelle.

Enfin, s'engager dans un tel projet donnerait à notre profession une image, un pouvoir qu'elle ne semble plus avoir aujourd'hui (cf. loi PACTE, commissariat aux comptes, retraites...). Sans prendre au pied de la lettre cette formule : « ceux qui détiennent les données détiennent le pouvoir » notre profession serait bien inspirée de mettre tout en œuvre pour conserver la maîtrise de ses données...

Serge Heripel
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Serge Heripel est expert-comptable retraité et vice-président de l'organisme mixte de gestion agréé France Gestion.

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