Audit ou conseil ? Les lignes rouges des présidents Canesi et Ollivier

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A l'occasion du Congrès ECF 2021, Lionel Canesi, président du Conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables (CSOEC) et Yannick Ollivier, président de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes (CNCC) ont partagé leur vision de ces deux professions.

La loi Pacte est-elle un danger pour les experts-comptables ? Les commissaires aux comptes peuvent-ils développer leur champ d'activité sans léser les experts-comptables ? Un échange resserré mais direct, qui a le mérite de clarifier la position de chacun.

La bonne entente entre les deux présidents saute aux yeux, et ils le reconnaissent d'ailleurs bien volontiers : « on s'entend plutôt très bien » lance d'emblée Lionel Canesi. « Nos professions n'ont aucun intérêt à se trouver au milieu d'un conflit entre institutions, nous avons d'autres enjeux à gérer » renchérit Yannick Ollivier.

Le commissaire aux comptes doit-il se limiter à la mission légale ? 

Sur le fond pourtant, on s'en souvient, l'actuel président du CSOEC l'avait martelé au moment de la campagne électorale : pas question de parler de synergies entre le Conseil supérieur et la Compagnie nationale tant que la séparation entre audit et conseil ne sera pas clarifiée du côté de la CNCC.

Car pour Lionel Canesi, la loi Pacte « est un danger pour [la] profession, dans ses deux métiers », qui nécessite une réponse forte :  revenir à une séparation historique, avec le légal pour le commissaire aux comptes, et le contractuel pour l'expert-comptable. C'est là un véritable désaccord avec Yannick Ollivier, pour qui enfermer le commissaire aux comptes dans la mission de certification légale « est une erreur ».

Débat autour de la confiance

Selon le président de la CNCC en effet, « il ne faut pas lire la loi Pacte comme une possibilité pour les CAC d'aller concurrencer les experts-comptables : les CAC n'ont rien à faire dans le monde du conseil ».  Quelle est alors sa place ? Pas dans une distinction entre légal et contractuel, mais plutôt en fonction de la nature même de chaque profession. 

Pour Yannick Ollivier, les entreprises expriment en effet un besoin de confiance dans les informations financières et non financières. Un besoin qui ne serait pas totalement comblé par la mission d'audit légale.

Un « besoin de confiance » qui fait vivement réagir Lionel Canesi. Le président du CSOEC voit en effet un risque dans cette terminologie, celui de faire passer le message aux entreprises que le commissaire aux comptes a une indépendance supérieure à celle de l'expert-comptable. Risque immédiatement écarté par Yannick Ollivier, qui rappelle sa double casquette professionnelle, et le fait qu'il n'a jamais remis en cause l'indépendance de l'expert-comptable.

La CNCC enrichira bientôt sa doctrine

La position du président Yannick Ollivier, si elle est de nature à rassurer les experts-comptables, est plus restrictive que la loi, qui prévoit bien la possibilité pour les commissaires aux comptes de faire du conseil, à condition de mettre en place des mesures de sauvegarde. Faut-il donc se fier au discours de l'institution, ou aux textes ?

Pour Yannick Ollivier, il ne s'agit pas seulement de mots, mais bien d'actes. La CNCC et sa commission d'éthique professionnelle ont travaillé sur le sujet pour traduire dans la doctrine et la déontologie cette position : hors de question de créer une concurrence entre deux professions complémentaires, exercées simultanément par de nombreux professionnels.



Julien Catanese
Directeur éditorial de Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
Diplômé d'expertise comptable, après 7 ans en tant que rédacteur en chef puis directeur de la rédaction Fiscalistes et experts-comptables chez LexisNexis, je rejoins l'équipe Compta Online en juin 2020.
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